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PORTFOLIO · « Objectif mer : l’océan filmé », plongée dans les révolutions techniques du cinéma

  • Enora Abry
  • 2023-12-20

Avec ses pirates, ses monstres tentaculaires et ses requins sanglants, la mer porte un imaginaire parfois terrifiant. Elle est aussi une source d’inspiration inépuisable pour les cinéastes, tiraillés entre peur et fascination. L’exposition  « Objectif mer : l’océan filmé » du Musée national de la Marine montre l’ingéniosité des cinéastes déterminés à filmer l’insondable. Des premières caméras sous-marines à celle, sophistiquée, utilisée par James Cameron pour « Titanic », en passant par la tête de requin de l'iconique  « Les Dents de la mer », plus de 300 pièces ont été réunies pour proposer un voyage à travers les plus grandes créations du cinéma maritime. Pour façonner cette exposition unique, le Musée national de la Marine a fait appel à Vincent Bouat-Ferlier, conservateur général du patrimoine, et à Laurent Mannoni, directeur scientifique du patrimoine à la Cinémathèque française. On a demandé à ce dernier de commenter quelques trésors de la collection, des premières images sous-marines au « Chant du Loup ». 

The Williamson Expedition Submarine Motion Pictures par John Ernest et George Williamson, 1915 (c) Collection La Cinémathèque Française

"L’expédition des frères Williamson [deux photographes et inventeurs anglais du début du XXe siècle, ndlr] a été une véritable révolution pour le monde du cinéma et le monde scientifique. C’est la toute première fois que les fonds marins ont été filmés. Pour y arriver, ils ont construit la “photosphère”, une énorme sphère en métal avec une paroi vitrée qui allait sous l’eau avec le caméraman à son bord. La sphère était reliée par un grand tuyau au bateau qui attendait au-dessus, et pouvait se déplacer en même temps que lui [c'est cette invention qui a permis de filmer les scènes marines présentes dans l’adaptation du roman de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers, réalisée par Stuart Paton en 1916, ndlr]. Cette technique était très dangereuse et aurait pu causer des accidents à cause du manque d’oxygène. Mais heureusement, à part quelques batailles entre les scaphandriers et les requins - qui ont d’ailleurs été mises en scène dans les films -, aucun accident n’est à déplorer !”

Dessin de Georges Méliès pour Le Voyage dans la Lune (1902) (c) Collection La Cinémathèque Française

“A la fin du Voyage dans la Lune, il y a une séquence qui se passe sur la mer. Ce qui est intéressant avec les films de Méliès, c’est qu’ils sont une parfaite synthèse de l’iconographie maritime du XXe siècle. Nous retrouvons les influences de Jules Verne, cette manière de représenter les profondeurs comme un endroit féérique avec des bestioles étonnantes. Il faut se rendre compte qu’à l’époque, les gens étaient émerveillés car ils ne savaient pas comment les trucages étaient faits. Alors qu’en réalité, Méliès mettait simplement un aquarium entre la caméra et la scène !”

Ensemble de projecteurs Cinérama 35mn (c) Collection La Cinémathèque Française

“Le Cinérama a été créé dans les années 1950 pour faire concurrence à la télévision en redonnant une plus value à la salle de cinéma. Le but était de projeter trois images en même temps sur un écran courbe. Et pour faire du grand spectacle, quoi de mieux que de filmer la mer ? Dans l’exposition, nous projetons la bande-annonce d’un film conçu pour le Cinérama, Wind Jammer. On y voit tous les clichés de l’époque avec les marins qui chantent et qui sont épatés par les filles qui se promènent sur le port.”

Jacques Perrin sur le tournage de Océan (c) Renan Marzin

“Cette exposition rend hommage à Jacques Perrin [acteur, vu notamment dans Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, il était également producteur et réalisateur de documentaires. Il nous a quittés en avril 2022, ndlr], sans qui elle n’aurait pas pu voir le jour. Il nous a beaucoup aidés dans la réflexion et il nous a confié la caméra qu’il a utilisée pour son documentaire Océans (2009). Cet homme était un véritable passionné des mers, un fou de bateaux, et rien ne l’arrêtait. Pour filmer des scènes de tempête, il allait même jusqu’à se faire accrocher à l’avant de son bateau avec sa caméra !”

Affiche du Pirate du Roi de Don Weis, 1967 (c) Universal Pictures

“Nous aurions pu faire uniquement une exposition d’affiches de films tant celles-ci sont révélatrices de l’attitude du public vis-à-vis du monde marin. Les spectateurs l’imaginent hostile, avec ces histoires de naufrage, de monstres, de pirates. Cette affiche en particulier reprend les grands thèmes du cinéma hollywoodien : le héros bandit au centre, la femme, l’évocation du sexe et la violence. Pour être honnête, ce film est un vrai nanar, mais il est intéressant à analyser car il contient tous les clichés que nous connaissons sur les films de pirates.”

Le Chant du Loup d'Antonin Baudry, 2019 (c) Pathé Films

“L'atmosphère du sous-marin, c’est la claustrophobie matérialisée. Ce type de films existe et est très apprécié depuis les années 1910. C'est un genre intéressant : on est coincé avec les personnages, on transpire avec eux. Mais Le Chant du Loup apporte de la nouveauté grâce à son travail du son. Le héros étudie les bruits des sous-marins pour déterminer leurs positions, et le bip que l’on entend renforce d’autant plus l’angoisse qui est caractéristique du genre.”

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