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8 essais à mettre sous le sapin

  • mk2 Institut
  • 2022-12-15

Tous les mois, mk2 Institut sélectionne des essais faisant l’actualité du monde des idées. Des recommandations de lecture sur des questions essentielles, qui animent nos sociétés et parfois les divisent.

PAYS DE SANG de Paul Auster (Actes Sud, 208 p., 26 €)

C’est à partir des photographies obsédantes prises par Spencer Ostrander sur les lieux des tueries de masse des vingt dernières années aux États-Unis que l’écrivain Paul Auster a composé ce nouvel essai. Pays de sang analyse avec rigueur des siècles d’usage – et d’abus – des armes à feu, du violent déplacement des populations indigènes et des populations asservies aux massacres qui dominent aujourd’hui l’actualité. Dans quel genre de société les Américains veulent-ils vivre ? Et quelle réconciliation possible pour un peuple encore aussi belliqueux ? À l’heure où la fracture entre les pro et les anti-contrôle des armes n’a jamais été plus profonde, Auster fait le vœu d’une paix possible mais sempiternellement repoussée. Un essai rigoureux. Et désarmant.

LA DÉMENCE DU PERCOLATEUR de Philippe Garnier (Premier Parallèle, 160 p., 17 €)

« Plus que jamais, les prodiges de la technologie menacent de se retourner en catastrophes. Dans ce crescendo fatal, quelle place occupons-nous ? » Après Mélancolie du pot de yaourt. Méditation sur les emballages, l’écrivain et critique Philippe Garnier entreprend d’ausculter le grand monde des machines. De la mort du ticket de métro aux guetteurs des data centers, en passant par les drones d’appartement, Philippe Garnier pointe du doigt cette prolifération du technologique qui se glisse dans nos quotidiens, jusque dans nos intérieurs. D’une plume tranchante et sans rien sacrifier à son goût de l’absurde, l’auteur propose une rêverie tendre mais intransigeante sur les contrariétés numériques et machinales de notre époque.

LA TRANSPARENCE DU MATIN de François Jullien (Éditions de l’Observatoire, 300 p., 23 €)

Comment faire pour que tous les matins ne se ressemblent plus ? Comment vivre enfin ? La philosophie a pensé la vie, mais non pas vivre ; et le religieux, qui prenait en charge la question du vivre, est aujourd’hui en retrait. Ainsi « vivre » est laissé en friche ; et de là prospèrent le développement personnel et le marché du bonheur, qui vendent vivre comme du « tout positif ». Or, comme le montre le philosophe François Jullien, vivre est paradoxal, et répéter qu’il faut « cueillir le jour », « profiter de la vie » n’est jamais très utile ni efficace… En amont de toute morale, hors des discours prêts-à-penser du marché du bonheur, cet essai esquisse une carte des possibles entre lesquels décider de vivre. 

UN MONDE SANS TRAVAIL de Daniel Susskind, (Flammarion, 340 p., 21,90 €)

Dans cet essai, l’écrivain et professeur d’économie anglais Daniel Susskind étudie les effets possibles de la technologie sur le travail et la société des cent années à venir. Tandis que les progrès technologiques vont nous rendre plus riches que jamais, en même temps qu’ils vont raréfier le travail, la question économique qui hantait nos ancêtres – faire en sorte que le gâteau (la richesse) soit assez grand pour tous – disparaîtra peu à peu. Or, de nouveaux problèmes émergeront : comment exploiter cette richesse pour vivre sans travailler ? Qui doit contrôler les technologies à l’origine de cette richesse nouvelle, et comment ? Un ouvrage pour penser à l’avenir du travail, par-delà les clivages politiques.

REVENIR de Céline Flécheux (Le Pommier, 312 p., 22 €)

On part en exil pour fuir la guerre, la famine, des conflits politiques ou familiaux ; on part en voyage pour découvrir le vaste monde, changer d’horizon. Mais pourquoi revient-on ? Du désir de retour, les livres parlent peu. En français, d’ailleurs, il y a des mots pour désigner celui qui part, non celui qui revient. Revenant ? Trop spectral. Rapatrié ? Celui-là n’a pas le choix du retour. Pourquoi ce manque, qui est le signe d’un impensé fondamental ? C’est à cette question que Céline Flécheux tente d’apporter des réponses. Un essai qui montre que, revenir chez soi, c’est d’abord faire l’épreuve d’un retour à la vie normale. Mais pourquoi ? Sans doute parce que revenir dans l’espace, c’est un peu revenir dans le temps…

LE MYTHE DE L’ENTREPRENEUR d’Anthony Galluzzo (La Découverte, 240 p., 20 €)

Le 5 octobre 2011 mourait Steve Jobs, figure emblématique de l’« entrepreneur », célébré comme un génie créatif et visionnaire, ayant « changé le monde » grâce à ses produits innovants… Individu tout-puissant, nouveau héros des temps modernes, l’entrepreneur guide l’humanité sur les voies du progrès, et la Silicon Valley est son Olympe… C’est cette mythologie que l’auteur et maître de conférences Anthony Galluzzo démonte implacablement dans Le Mythe de l’entrepreneur. Défaire l’image de la Silicon Valley : défaire les mirages de la start-up nation pour se libérer d’une vision aussi fausse qu’aliénante de l’économie et des rapports sociaux.

LES ÉMOTIONS CONTRE LA DÉMOCRATIE d’Eva Illouz (Premier Parallèle, 336 p., 22,90 €)

Partout dans le monde, la démocratie se voit attaquée par un populisme nationaliste. Et, partout dans le monde, la même énigme : comment des gouvernements qui n’ont aucun scrupule à aggraver les inégalités sociales peuvent-ils jouir du soutien de ceux que leur politique affecte le plus ? Pour comprendre ce phénomène, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz affirme qu’il faut s’intéresser aux émotions : la peur, le dégoût, le ressentiment et l’amour de la patrie – quatre émotions que les mouvements populistes s’emploient partout à attiser afin de mieux les instrumentaliser. Une stratégie dont elle montre précisément les rouages dans l’Israël de Benyamin Nétanyahou, terrain d’étude de cet essai de sociologie totale, profondément éclairant et original.

L’ESPÉRANCE, OU LA TRAVERSÉE DE L’IMPOSSIBLE de Corine Pelluchon (Rivages, 144 p., 18 €)

Comment dépasser le désespoir et l’abattement de l’écoanxiété provoquée par les risques écologiques et politiques actuels ? Tout en soulignant la dynamique destructrice du désespoir, la philosophe Corine Pelluchon montre dans cet essai que la confrontation à la possibilité d’un effon-drement de notre civilisation est l’occasion d’un changement ouvrant un horizon d’espérance. Espérance à distinguer de l’optimisme et de l’espoir. Opposée au déni, l’espérance implique l’épreuve du négatif. Elle est la traversée de l’impossible. Naissant sans qu’on l’ait cherchée et lorsque l’on a perdu toute superbe et toute illusion, elle est la capacité à déchiffrer dans le réel les signes d’un progrès possible.

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