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IARTISTE ⸱ Markos R. Kay : « les IA peuvent devenir un outil inestimable pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes. »

  • Julien Dupuy
  • 2024-06-20

Au confluent de l’art et de la science, Markos R. Kay est un des pionniers des arts numériques génératifs. Il déploie des œuvres hypnotiques et obsédantes, d’une cohérence plastique en tout point remarquable.

Le site officiel de Markos R. Kay

 « J’ai suivi une formation traditionnelle en beaux-arts avant d’être fasciné par l’art numérique, ce qui m’a conduit à faire un master spécialisé dans les Média Numériques à l’université londonienne Central St. Martins.

Après mes études, j’ai travaillé en tant que motion designer, directeur artistique et conférencier universitaire, tout en développant mon savoir-faire artistique. Mon premier film en art génératif basé sur la science, aDiatomea (2008), a été exposé au Jena Phyletisches Museum, en Allemagne. Ensuite, j’ai découvert les générateurs I.A. au début des années 2010 avec le Deep Dream de Google, l’un des premiers à avoir été mis à disposition du public. J’y ai décelé un énorme potentiel et j’ai suivi de près l’évolution de la technologie jusqu’à ce qu’elle atteigne une qualité que je pouvais intégrer à ma pratique artistique. Depuis, j’ai exploité les méthodes d’art génératif pour sensibiliser le public à des sujets tels que la biologie moléculaire, la physique des particules et la vie artificielle.

La science et l’étude de phénomènes naturels sont un des moteurs de mes travaux. On peut appréhender la nature comme obéissant à un processus créatif et, donc, comme une forme d’art spontané sur laquelle enquêterait la science. Et, parallèlement, je pense que la science tient aussi du processus artistique, dans la mesure où elle construit et déconstruit en permanence nos connaissances. J’ai été, depuis toujours, fasciné pour cette quête de la compréhension de notre environnement à son niveau le plus fondamental.

Et cette fascination m’a poussé à étudier quantité de sujets, comme la biologie moléculaire ou la physique quantique. En quelque sorte, je tente de comprendre ces sciences à travers l’art.

Mon processus artistique implique donc des recherches approfondies sur les théories, les images et l’iconographie scientifiques. Avant de débuter un nouveau projet, je consacre un temps significatif à ces recherches. À titre d’exemple, j’ai passé une année de recherche avant de débuter la création de The Flow (2011). Mais je me revendique aussi de certains artistes, en particulier Bosch, Van Eyck, Velazquez, Fouquet et Le Caravage.

Je me sens également très proche de certains surréalistes, comme Magritte et Max Ernst ce qui, bien entendu, trace une connexion directe avec l’art psychédélique. 2001, l’Odyssée de l’espace a aussi été une influence importante de mon travail. Le film de Kubrick fut d’ailleurs au cœur de ma première œuvre basée sur la science, aDiatomea. J’aime en particulier comment Kubrick a exploité des technologies très pointues pour concevoir les visions finales, comme le slit-scan. J’ai d’ailleurs eu la chance de travailler au London College of Communication, où sont stockées les Stanley Kubrick Archives, et j’ai pu avoir accès aux recherches et aux documents de préproduction du film.

L’œil est une figure importante de mon travail. Il porte en lui un grand nombre de symboles. Si j’ai commencé à tant exploiter cette figure alors que je me lançais dans les I.A. génératives, c’était pour transmettre l’idée que les I.A. sont, à mon sens, nos propres yeux qui nous observent. Pour dire les choses autrement, je les perçois comme un miroir caché, capable d’assimiler toutes les productions de l’humanité et de simuler le fonctionnement de notre cerveau. Et comme tous les miroirs, les IA peuvent devenir un outil inestimable pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes.

En règle générale, il y a eu un changement de ton dans mon travail : je tends à aller aujourd’hui vers quelque chose de plus lent. Ainsi, Quantum Fluctuations (2016) était une œuvre très rapide, très chaotique, qui tentait de retranscrire les interactions quantiques de la nature. Abiogenesis (2022) au contraire est très lent, pour traduire le rythme de l’évolution. Et ma dernière exposition en date est carrément contemplative : Latent Spaces (2023) offre l’opportunité aux spectateurs de se plonger entièrement dans ces mondes.

J’appréhende l’I.A. comme un outil qui peut accroitre notre appréciation de phénomènes complexes, tout en nous conduisant vers de nouvelles formes d’expression. »

Image : © Markos R. Kay

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