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IA QUOI ? La terrible rançon de la démocratisation

  • Julien Dupuy
  • 2024-03-08

L’édito de Julien Dupuy. Nul ne doit ignorer que les I.A., surtout quand elles sont génératives, consomment une quantité affolante d’énergie. Elles sont de véritables ogres, qui génèrent une empreinte carbone considérable.

Sam Altman lui-même, le très médiatisé président d’OpenAi, s’en inquiète depuis des mois et mise tout sur le nucléaire : il aurait investi 375 millions de $ dans la compagnie spécialisée dans la fission nucléaire, Helion Energy. La consommation d’eau exploitée pour refroidir les Data Center nécessaires, notamment, au fonctionnement de ces générateurs, est peut-être encore plus effroyable. Ainsi, le centre de données de Microsoft et d’OpenAI à Goodyear, dans l’État de l’Arizona, engouffrerait actuellement plus de 200 millions de litres d’eau par an !

Ce chiffre effarant a alerté le procureur général de l’État, Kris Mayes, qui exige d’encadrer l’expansion de ces compagnies, sous peine de mettre en péril l’écosystème de la région. Même si ce sont nos activités numériques dans leur globalité qui sont les coupables ici, il est indispensable de, a minima, réglementer l’émergence des I.A. génératives au regard de ces chiffres. Mais il faut également mettre ces dérives en perspective. Car finalement, ce qui pose question ici est-il lié à la technologie en elle-même, ou à son utilisation ?

Il faut tout d’abord rappeler que le cinéma, en tant qu’art technologique et émanation de la révolution industrielle, a de tout temps était très polluant. Au temps du cinéma photochimique, certains grands laboratoires français rejetaient les résidus du développement directement dans les cours d’eau. Ainsi, la Marne a longtemps été l’une des grandes victimes du cinéma français. Les décors, qui utilisent quasi systématiquement des matériaux plastiques tels que le polystyrène ou la mousse de polyuréthane, génèrent encore aujourd’hui des déchets considérables. Certains ont même détruit des zones protégées entières, comme ce fut le cas du célèbre décor des Amants du Pont Neuf de Leos Carax.

Et quand le cinéma a amorcé sa mue vers le numérique, c’est en terme de métaux rares mais aussi d’eau et d’électricité que l’empreinte carbone des films s’est faite la plus ressentir. Ainsi, lors du calcul des images finales d’Avatar – La Voie de l’eau, la puissance requise par Weta Digital dépassait les ressources en électricité de Wellington, la ville de Nouvelle Zélande où la compagnie est basée.

Il faut donc se demander si la problématique de l’empreinte carbone des I.A. est liée à son mode de fonctionnement, ou au fait qu’elle rende accessible au plus grand nombre des outils qui étaient auparavant réservés à une minorité. Quand une petite poignée d’élus maltraitaient notre éco système pour réaliser leur vision artistique, la question ne se posait que très rarement. En revanche, maintenant que le grand public est en capacité de créer par le biais des I.A. génératives, il est impératif de s’inquiéter de l’empreinte carbone de ces nouveaux outils. Pour le dire autrement : l’empreinte carbone des I.A est aussi la terrible contrepartie de la démocratisation de la création audiovisuelle.

Cette problématique rappelle une formidable double page intitulée « Les Pauvres et les Riches », qu’avait signé en 1969 le dessinateur Reiser dans les pages d’Hara Kiri. Il y racontait avec son ton mordant habituel que, par exemple, « Quand les riches avaient une auto, c’était un événement. Quand les pauvres ont une auto, c’est une calamité ». Et il concluait avec un cynique et toujours d’actualité : « Aux dernières nouvelles, on en est toujours là ». CQFD !

En + Si le calcul des images de Weta Digital a exigé une quantité considérable d’énergie, le tournage d’Avatar, la voie de l’eau fut exceptionnellement éco responsable, comme l’explique Suzy Amis Cameron, épouse de James Cameron (en anglais).

EN + Un article de la BBC sur la conception de films avec une empreinte carbone la plus faible possible.

EN + Dejan Glavas, professeur à l’ESSCA et expert en finance durable pour la Commission Européenne, parle des possibles atouts de l’I.A. pour l’écologie.

IA Playlist

Le compte X dignifAI utilise l’I.A. pour revêtir, avec beaucoup d’humour, les indécents qui s’exhibent sur Internet.

Un blind test (trop facile) pour reconnaître des films (trop célèbres) revus par des I.A. génératives. Mais l’idée est excellente !

Un passionnant documentaire sur les I.A. est actuellement en accès libre sur le site d’Arte.

Dans le cadre de son foisonnant festival, La Cinémathèque Française organise, le 13 mars prochain, une journée d’étude consacrée aux relations entre les I.A. et le cinéma. Vous pourrez y assister à une conférence sur la restauration par I.A. mais aussi à une table ronde animée par l’auteur de cette rubrique et dans laquelle trois cinéastes, dont deux ont été invités dans I.Artistes, évoqueront leur vision de l’I.A. dans le monde du cinéma.

Photo : Avatar 2 de James Cameron

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