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mk2 Institut - Une soirée avec Michel Pastoureau

  • Joséphine Dumoulin
  • 2021-12-15

Historien médiéviste, Michel Pastoureau est considéré comme le pionnier de l’étude symbolique des couleurs. Invité du mk2 Institut, il confronte la palette de son savoir au septième art lors de cinq conférences, chacune suivie d’une projection de film.

Quel rôle le cinéma a-t-il joué dans votre métier d’historien ?

Je dois toute ma carrière au film Ivanhoé de Richard Thorpe (1952). Je l’ai vu durant les vacances, lorsque j’avais 7 ans, avec un ami dont la grand-mère tenait un cinéma paroissial. Nous faisions les ouvreurs, ce qui m’a permis de le voir six jours de suite, j’en connais chaque plan par cœur. C’est avec ce film que j’ai découvert la chevalerie, qui ne m’a plus quittée lorsque j’ai décidé d’étudier les armoiries et le Moyen Âge. Au lycée, j’allais souvent à un ciné-club, animé par un professeur qui m’a donné, sans en avoir l’air, les bases de ma cinéphilie. Chaque semaine, il nous annonçait la projection du plus « beau film de l’histoire du cinéma ». Plus tard, en tant qu’historien, j’ai conseillé Éric Rohmer sur le tournage de Perceval le Gallois, film dont je parlerai durant le cycle. Ce qui est amusant, c’est qu’il n’a finalement écouté aucune de mes recommandations. Je lui avais, par exemple, dit de ne surtout pas mettre de violet, car on n’en utilisait pas au Moyen Âge. Il a fait tout le contraire, mais je n’ai jamais osé lui demander ce qu’il s’était passé !

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Le cinéma incarne-t-il ou trahit-il justement la symbolique des couleurs ?

Le cinéma l’utilise souvent à bon escient lorsqu’il est l’adaptation d’une œuvre littéraire. Dans l’adaptation de Blanche-Neige et les sept nains par les studios Disney, le récit tourne autour de trois couleurs, rouge, blanc et noir : une jeune fille blanche comme neige reçoit une pomme rouge empoisonnée de la main d’une méchante femme vêtue de noir. De même pour Le Petit Chaperon rouge de Tex Avery. En revanche, lorsque les films sont des créations ex nihilo, la symbolique des couleurs tourne souvent à l’ésotérisme ou au tapageur. Contrairement au langage littéraire, tout se passe comme si représenter une couleur à l’écran appauvrissait de fait sa symbolique.

Dans quelle mesure le médium cinématographique a-t-il modifié notre représentation des couleurs et du réel ?

Les écrans en général ont fait perdre le paramètre des couleurs mates, alors que c’est un curseur important, comme on peut le voir dans les œuvres picturales occidentales anciennes ou modernes. Au cinéma, mais aussi à la télévision, il n’y a plus que des couleurs brillantes. C’est une conséquence technique du numérique. Tout est clinquant, mais je sais que je suis de la vieille école : je préfère l’argentique, les années 1950 et surtout le cinéma en noir et blanc. Ma culture cinématographique s’est construite là-dessus. Je suis particulièrement sensible aux dégradés de gris, aux noirs et blancs plus ou moins chauds, aux blancs pas tout à fait blancs tels qu’on les voit dans les films d’Ozu ou les premiers Bergman, des chefs-d’œuvre.

« Cycle Michel Pastoureau » :

— le 13 janvier, Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney, 1938)

— le 27 janvier, La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock (1945)

à 20 h au mk2 Nation

tarif : 15 € | étudiant, demandeur d’emploi : 9 € | – 27 ans : 4,90 € | carte UGC/mk2 illimité à présenter en caisse : 9 €

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