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Eileen Myles : « Les films de François Truffaut ont été une grande source d’inspiration pour moi »

  • Amélie Quentel
  • 2022-07-21

Sexe, drogues, pauvreté… Dans le génial et foutraque « Chelsea Girls », livre paru en 1994 aux États-Unis et enfin traduit en français, Eileen Myles, qui viendra au mk2 Institut pour une rencontre à la rentrée, raconte sa vie de poète lesbienne dans le New York underground des années 1970 et 1980. C’est de là-bas qu’iel (l’artiste se définit comme non binaire), la gentillesse incarnée, a répondu à nos questions.

Vous êtes une icône queer aux États-Unis, votre travail étant régulièrement cité par de multiples artistes : Maggie Nelson, Debo­rah Levy… Pour Chelsea Girls, quelles étaient vos sources d’inspiration ?

La Bâtarde de Violette Leduc (1964) est l’un des romans qui m’a le plus inspiré·e. Évidemment, je dois aussi citer Jack Kerouac : avec Chelsea Girls, je voulais écrire une sorte de Sur la route lesbien, un livre très tumultueux. Les films de François Truffaut ont également été une grande source d’inspiration pour moi. À l’époque, je me demandais « mais où est l’équivalent féminin d’Antoine Doinel ? » En tant que poète, je ne savais pas écrire d’histoires et je n’étais pas sûr·e de savoir écrire en prose, mais j’adorais le cinéma. Je me suis donc dit que j’allais écrire plusieurs petits films sur ma vie, en créant une Antoine Doinel, au féminin, nommée Eileen Myles.

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Dans ce livre, vous racontez les difficultés d’être une poète lesbienne dans le New York underground des années 1970 et 1980.

Il y avait toujours des hommes gays autour de moi, mais il n’y avait pas vraiment de groupes de femmes. Donc, petit à petit, avec Christine [qui apparaît comme un personnage récurrent du livre, ndlr], nous avons formé le nôtre. En fait, quand je suis arrivé·e à New York, en 1974, même si je ressentais des choses pour des femmes, je ne me définissais pas comme lesbienne. J’étais donc considéré·e comme une femme faisant partie d’un groupe d’écrivains gays. Je connaissais les plus vieux, Allen Ginsberg, John Ashbery… Ils étaient très généreux et gentils envers moi, mais, quand je me suis affirmé·e en tant que lesbienne, les difficultés sont arrivées : je me suis retrouvé·e un peu isolé·e. Et je pense que tout cela a contribué à l’excès de ma relation avec Christine – c’était une période très punk. Pour obtenir de l’attention, pour obtenir notre place, il fallait que l’on soit atroces, et nous l’étions (rires)! Nous étions terribles !

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Diriez-vous que la situation a évolué pour les artistes queer aujourd’hui ?

De nos jours, il y a beaucoup plus de poètes qui sont trans, lesbiennes, queer. Il y a de nombreux textes, des événements… J’ai vu une évolution dès les années 1990 : un jour, alors que j’avais dans les 40 ans, j’ai assisté à un open mic dans lequel intervenaient des femmes majoritairement lesbiennes. Et là, devant toutes ces femmes de vingt ans de moins que moi venues m’écouter, j’ai réalisé que j’avais une audience, et j’ai eu l’impression, d’une certaine manière, de rencontrer ma génération. Aujourd’hui, l’un des aspects très généreux de notre époque est le fait que nous pouvons nous exprimer, même s’il reste encore de nombreux endroits où cela n’est pas possible.

« Eileen Myles – figure majeure de la culture underground et LGBT aux États-Unis », le jeudi 15 septembre, à 20 h, au mk2 Bibliothèque, à l’occasion de la parution de Chelsea Girls, traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, (Éditions du sous-sol, 288 p., 23 €)

Image (c) Shae Detar

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