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« Dune » : la saveur de l’Épice

  • Julien Dupuy
  • 2021-09-17

Le contrôle de l’Épice, une poudre que l’on ne trouve que sur la planète Arrakis, est au centre de toutes les convoitises de l’épopée de Frank Herbert, dont l’adaptation signée Denis Villeneuve vient de sortir au cinéma. Cette substance mystérieuse recouvre de multiples sens, qui sont autant de clés pour décoder la saga d’Herbert.

Si, lors de sa publication en 1965, Dune est un séisme dans le monde de l’anticipation, c’est aussi parce que le roman d’Herbert met au centre de son récit des thématiques jusqu’ici inédites dans le genre et qui vont avoir une résonnance monumentale sur l’époque.

La thématique la plus identifiable et la plus mise en avant par l’auteur concerne l’urgence climatique. L’Épice, une sécrétion des vers de sables d’Arrakis permettant les voyages interstellaires, agit en effet comme une métaphore évidente des énergies, et du pétrole en particulier. Les belligérants des premiers tomes, à commencer par les terribles Harkonnen, font écho aux grandes industries prêtes à tous les sacrifices – humains, animaux ou végétaux – pour s’accaparer ces ressources. C’est indéniablement l’axe choisi par Denis Villeneuve dans son adaptation.

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Mais les secrets de l’Épice vont bien au-delà de ces considérations finalement très « terre-à-terre ». Cette substance, également convoitée par la sororité des Bene Gesserit, représente le savoir ultime : son absorption offre une appréciation quasi surhumaine de l’espace et du temps.

Cette lecture rappelle qu’Herbert, ex-psychanalyste jungien passionné par la folie (elle est au centre de son premier roman, Dragon sous la mer), considérait l’esprit humain comme une galaxie qui reste encore à explorer. C’est d’ailleurs en large partie ainsi que David Lynch traitait l’épice dans sa propre adaptation du roman, sortie en 1984 : grâce à elle, Paul Atréides décèle plus clairement les intentions de ses adversaires, devient prescient et quasi télépathe.

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Mais la portée de l’Épice ne s’arrête pas là. Quand, en 1965, est publié le premier opus de la saga, la culture pop est sur le point d’être transfigurée par les produits psychotropes. C’est à cette époque que, par exemple, George Harrison et John Lennon découvrent le LSD et amorcent la révolution des Beatles avec l’album Rubber Soul. C’est également sur cette « tendance » que sont vendus Easy Rider de Dennis Hopper ou 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick, présenté par la MGM comme « The Ultimate Trip ».

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Herbert, pour sa part, est cultivateur et consommateur de champignons hallucinogènes et il ne fait aucun doute que l’Épice soit une métaphore des psychotropes censés ouvrir un tout nouveau champ de perceptions à ses usagers. C’est même ce qui motivera en grande partie Alejandro Jodorowsky lorsqu’il tenta, en vain, de mettre sur pied sa propre adaptation du film dans les années 1970.

Totalement ignorée par Villeneuve dans ce premier volet, cette lecture contribua à propulser Dune dès les années 70 au rang de saga littéraire de SF la plus vendue au monde. C’est aussi cet aspect du récit qui permet de préserver la fascinante part de mystère de ce chef-d’œuvre du genre.

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Images : © Universal / Warner Bros.

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