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DIVINE GANG · Romy Alizée et Laure Giappiconi : « On aime cet endroit d’inconfort, de mauvais goût, quand les gens auraient préféré qu’il y en ait un peu moins… »

  • Quentin Grosset
  • 2023-12-20

« Romy & Laure… Et le Secret de l’Homme-meuble (2019) », « Romy & Laure… Et le Mystère du Plug Enchanté (2021) », « Romy & Laure… Happées par le Trou Spatio-Temporel ! » (2023) … En trois ciné-contes immoraux qu’elles composent tout en photographies argentiques, Laure Giappiconi et Romy Alizée foncent à la fois candides et riot grrrl dans des aventures campy et rocambolesques. Dans leur dernier film SF, elles traversent un écran de cinéma et atterrissent dans des contrées bizarres et inconnues. Les cinéastes nous parlent de leur monde fou, fou, fou - comme si « La Jetée » de Chris Marker était revu et corrigé par Monique Wittig et John Waters.

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

R : Toutes les deux, on travaillait sur des thématiques très proches, mais sur des médiums complètement différents. On s’est rencontrées au Porn Film Festival de Berlin, en 2017, à la projection de My Body, My Rules d’Émilie Jouvet [documentaire qui questionne les représentations autour du corps, des sexualités vues comme hors normes, ndlr.] J’étais avec Elisa Monteil, Rebecca Chaillon [artistes de la scène théâtrale contemporaine – Elisa Monteil joue et travaille à la création sonore des films de Romy et Laure, Rebecca Chaillon y joue également, ndlr] qui apparaissent avec moi dans le documentaire…

L : Les filles logeaient chez moi, parce que je vis entre Paris et Berlin. Par un concours de circonstances, tu es venue dormir à la maison. Elles sont parties et toi tu es restée quelques jours de plus. On s’est retrouvées toutes les deux, on se connaissait depuis 48 heures. De là, j’ai posé pour toi. Plus tard, il y a eu le Festival du Film de Fesses, et Anastasia Rachman, sa cocréatrice, nous a dit « Vous devriez trop faire des trucs ensemble ! » On est cinéphiles, on s’est demandé : « Et si on faisait des films ? » Très vite, on a eu cette idée de travailler à partir de photographies, à l'image de La Jetée de Chris Marker – mais sur un mode comique, décalé, et... plutôt cul !

R : Sur le premier, Romy & Laure… Et le Secret de l’Homme meuble, je dessinais des petits storyboards en même temps qu’on inventait l’histoire. On était en autoproduction, vraiment bout de ficelle. Mais il a été pris dans pas mal de festivals, donc ça nous a donné envie d’en faire d’autres !

L : On n’a pas fait d’école de cinéma, on n’avait pas la procédure officielle.

R : Laure est actrice, elle écrit. Moi, j’ai suivi une formation de comédienne, et j’ai commencé la photo par hasard. J’ai voulu tenter une école de cinéma quand j’avais 18 ans, mais je n’avais pas l’argent pour. Je vivais aux Sables d’Olonne, je ne savais même pas que la FEMIS existait.

Elisa Monteil, Romy Alizée, Laure Giappiconi et Marianne Chargois dans Romy & Laure… Et le Mystère du Plug Enchanté (2021) 

Comment est arrivée cette référence de La Jetée ?

R : Je crois que c’est toi, Laure, qui en a parlé. Moi, la première fois que je l’ai vu, je me suis endormie – mais bon, je m’endors souvent devant les films, donc no offense. On ne s’est jamais dit qu’on ferait un film classique, avec des gens qui bougent, peut-être parce que ça pouvait être impressionnant et long à mettre en place. J’avais déjà décliné mon travail photo sous forme narrative, donc cette référence était là sans qu’elle soit pour autant un modèle à atteindre.

L : Ça me semblait évident qu’il fallait prendre le travail photographique de Romy comme support, je le trouve magnifique, singulier, unique. La Jetée, c’est un film que j’adore, fondamental pour moi, pour plein de raisons. Mais il n’était pas question de lui rendre hommage en soi. Plutôt de se référer à une façon de faire, de créer, de voir.

R : C’était aussi valoriser une référence qui s’est démarquée pour sa forme. Après, on n’a pas trop galéré à mettre notre ton et notre monde dedans. Un truc intéressant quand tu regardes les trois films, c’est à quel point on a progressé. On a appris en faisant. Sur le dernier, on était beaucoup plus exigeantes. On évolue et c’est plaisant de voir qu’on arrive à traduire en images cet univers futuriste SF qu’on a imaginé.

L : J’adore la SF, notamment la littérature d'anticipation, d'Orwell à Brunner, en passant par Scheckley ou Bradbury – enfin, de moins en moins parce que maintenant, on y est. Ado, c’était hyper important pour moi.

R : Le tout premier synopsis qu’on a écrit ensemble, ça se passait sur la Lune – j’aime personnellement beaucoup les films dans l’espace. On arrivait sur une planète lunaire bizarre, avec des gens minuscules qui deviennent soudainement géants, avec beaucoup de symboles dans tous les sens. Hélas, un projet trop coûteux ! 

Ruth Vega Fernandez, Romy Alizée, Laure Giappiconi et Rose Walls dans Romy & Laure… Happées par le Trou Spatio-Temporel ! » (2023) 

Dans Romy et Laure… et le Secret de l’Homme Meuble, vous définissez vos alter egos ainsi : « Romy est une mauvaise fille, une fille de l’air ; Laure est une fille perdue, une fille de joie. » À quel point ces films sont des autoportraits ?

L : J’aime les histoires, la fiction, jouer avec ce qu'on croit être vrai, faire croire à ce qui n'existe pas. Être l'objet d'un documentaire ou devoir parler de moi avec un principe de vérité serait le pire des cauchemars, ma vie m'appartient, c'est mon secret. Artistiquement, en tant qu'actrice ou dans l'écriture, il est beaucoup plus facile de se dévoiler, car on est protégé par le tulle de la fiction. Tout est vrai, et tout est faux. Quand on pourrait penser que je représente ma vie, j’affirme les masques, et plus on va dans le fantaisiste, plus je les enlève. Romy et Laure, c’est beaucoup nous et pas du tout nous. On les a plus pensées comme Tintin et Milou que comme des doubles de nos véritables personnalités. Il n’y a pas de cohérence dramaturgique des personnages. Ce sont des entités.

Vous explorez la sexualité lesbienne par la comédie – ça passe par la pantomime, un côté bande dessinée aussi, un humour très camp. Ce parti-pris vous semblait manquer dans les représentations ?

R : Dans mon travail photo, je m’exprime beaucoup par l’humour. Certains de mes autoportraits sont qualifiables de porno, et en même temps il y a toujours un décalage. Pour préciser, on ne s’est jamais dit Laure et moi qu’on parlerait de représentation de la sexualité lesbienne. Enfin, sur …Le Mystère du Plug Enchanté, on s'est posé la question des images, quand même. Je tenais à faire une photo de fist fucking, qu’il y ait à la fois des images très crues et libres. Mais il n’était pas question de pallier à un manque. C'est différent du processus de travail de ma pratique photo, où là, j'ai clairement cherché à fabriquer des images qui avaient pu manquer à ma culture érotique. 

L : Sur ce film, on a eu le désir de filmer du sexe explicite, avec des gros plans sur des vulves et sur tout ce qu'on est censé ne pas montrer dans l'art convenable. Beaucoup de formes qui explorent la sexualité dans l’art le font soit de manière provoc, soit de façon méga sensuelle, glamour. L’endroit du burlesque, je trouve ça toujours intéressant. De fait, on a un humour commun avec Romy. On n’allait ni faire un film joli, ni poser un manifeste « ma chatte dans ta face ». C’est pas nous.

R : On a fait beaucoup de festivals liés aux questions de genres, de sexualités, mais aujourd’hui on est en recherche d’autre chose. Romy et Laure…et le Mystère du Plug Enchanté correspond à un moment de nos vies où on était beaucoup plus intéressées par ces thématiques. On était aussi très cul et chemise avec les filles, Élisa, Marianne [Chargois, artiste, performeuse, et travailleuse du sexe militante, ndlr] et Rebecca. Le film célèbre une vraie période où notre amitié était au top. Non pas que ça se soit délité, mais on était toutes dispos et au même endroit.

Romy Alizée, Élisa Monteil, et Laure Giappiconi dans Romy & Laure… Et le Mystère du Plug Enchanté (2021) 

Qu’est-ce qui vous intéresse dans le potache, le burlesque ?

R : « Burlesque », pendant longtemps, je n’aimais pas du tout ce mot. Quand on me disait que mes photos étaient burlesques, je ne comprenais pas de quoi on voulait parler. Aussi parce que j’ai souvent été ramenée à l’esprit comique, "trash" (je déteste ce mot !), qui enlève toutes les autres couches, qui n’en fait qu’une parodie. Après, c’est vrai que ça parle aux gens, ce mot.

L : Moi, j’aime le mot « burlesque ». Je suis une énorme fan de Buster Keaton. Notre humour est aussi lié à ce cinéma, où tout passe par l'expressivité du corps. Quant au potache, je trouve qu’il n'est pas assez pris au sérieux. Nous, on fait attention à se réfréner parfois mais il y a des moments quand on écrit où on rit bêtement, on hésite - "Est-ce vraiment nécessaire ?" -, et puis on dit « Vas-y, on garde. » J’aime cet endroit d’inconfort, de mauvais goût, quand les gens auraient préféré qu’il y en ait un peu moins… L'inverse de la demi-mesure.

R : On nous a déjà dit qu’à force de grimaces, à force de faire les connes, on loupait une occasion de parler sincèrement de sexualité. Mais nous, on a pas du tout envie de faire des films premier degré. On n’a pas non plus la prétention de faire du cinéma sérieux qui raconterait ce que c’est d’être lesbienne aujourd’hui. Du moins, pas à travers "Romy & Laure". 

Dans …Le Mystère du Plug Enchanté, Romy tu lis Revolting Prostitutes : The Fight For Sex Workers Rights (2018) de Juno Mac et Molly Smith. Ce livre est important pour toi ? Fait-il écho à ce que tu explores avec Marianne Chargois dans votre performance Gaze.S (2022), le sex worker gaze ?

: Au moment du tournage, l’enjeu du sex work se retrouvait dans mes lectures, mon travail, j’étais à fond sur ces questions-là. Ce bouquin, pourquoi est-il intéressant ? Parce qu’il revient à la notion de travail. Il a été marquant pour toute une frange de jeunes TDS et militantes, parce qu’il ne dit jamais « c’est bien », « c’est pas bien », « c’est super cool », ou encore « je suis une victime. » Mais il pose le fait que le sex work est bien un travail, puisque nous payons notamment des impôts : donc il faut décriminaliser, comme en Belgique. C’est un livre qui marque une époque pour moi. Gaze.S, on l’a écrit entre 2020 et 2021. Dernièrement on l’a joué à Zurich et avec Marianne, on s’est dit qu’un chapitre se tournait, comme si on avait intellectuellement fait le tour de la question : du porn, du sex work

L : Sur Romy & Laure… Happées par le Trou Spatio-temporel !, on s’est dit « pas de sexe, on fait un film tous publics ! »

Romy Alizée et Océan sur le tournage de Romy & Laure… Et le Mystère du Plug Enchanté (2021)  (c) Charlotte Skurzak

Comment vous trouvez la bonne photo à chaque fois ? Et pourquoi ce choix constant du noir et blanc ?

R : Dans mon travail photographique, je ne fais que du noir et blanc. C’est intéressant pour rechercher le trouble, l’intemporel. On a envie d’anachronisme : on peut être habillées rétro, mais d’un coup tu vas remarquer une petite Tour Eiffel en plastique au coin de l’image, et tu vas te douter qu’on n’est pas dans les années 1950… Au début, on n’avait pas de storyboards à proprement parler, enfin disons que je dessinais des petits bonhommes-bâtons dans des cases. Finalement, c’est devenu de vrais dessins.

: On pourra les exposer lors de notre grande rétrospective au MoMA dans quelques décennies.

R : Ensuite, vient un temps où l’on découpe les situations, on discute des lumières.

L : Pour le premier film, on a fait beaucoup de photos pour chaque séquence. Au fur et à mesure, on en a fait de moins en moins, on se rendait compte qu’il était difficile de choisir, chacune étant intéressante. 

R : Le coût de la pellicule a bien augmenté aussi. On ne peut plus shooter comme si on était en numérique… Pour t’expliquer, le jour du tournage, on a notre scénario, le storyboard. J’essaye de prendre des photos avec Patrick Cockpit [le directeur de la photographie, ndlr] de temps en temps, mais c'est difficile d’être devant et derrière l’appareil. Il y a une vraie discussion sur le cadre avec lui et en amont, tout est très découpé. Dans …Le Trou Spatio-temporel, nos personnages se séparent à un moment dans l’intrigue, ça m’a permis de faire plus d’images.

Extrait des storyboards de la série de films Romy & Laure

Dans Happées par le Trou Spatio-Temporel !, Romy et Laure voyagent à travers l’écran de cinéma, et tout leur quotidien se voit réinventé. À quel point cette idée d’émancipation par le cinéma vous parle ?

L : De plus en plus, en vieillissant, la fiction prend chez moi un pas énorme sur la réalité. Je vis davantage à travers ce que je vois, ce que je lis, ce que je rêve. Je ne suis pas du tout en déconnexion par rapport au présent, mais le refuge dans la fiction m’est nécessaire pour affronter le quotidien, ce monde beau et fondamentalement cruel, injuste et absurde.

R : Gamine, c’est le cinéma qui m’a ouvert un champ des possibles. Dans les périodes disons mélancoliques, où je me dis que je n’arrive à rien, où je ne sais pas ce que je fous là, ça m’est arrivée de me dire que la seule chose qui me permette de tenir, c’est la perspective de pouvoir créer des fictions, d’en voir, d’être dedans. Et comme Laure, je le dis tout en étant ultra connectée aux problématiques sociales actuelles. 

Si vous deviez voyager à travers le Trou Spatio-temporel, vous iriez dans quel film ?

R : Desperate Living de John Waters, qui vient justement d’être programmé au ciné-club Elles en font des caisses d’Esmé Planchon et Alexis Langlois au cinéma L'Archipel. Quand je suis arrivée à Nantes pour faire des études, j’ai rencontré un mec très particulier, une espèce de poète bizarre avec une cinéphilie de dingue. Il m’avait fait une liste de dix films à voir. Le premier qu’on a vu ensemble, c’est ce film. Depuis cette chambre de Cité U, je m'étais dit : « Il y a des gens bizarres sur cette planète, apparemment en nombre. » Plus récemment, je me verrais bien dans Toni Erdmann, de Maren Ade. J'ai été très touchée par ce film avec ce papa fantasque aux blagues nulles mais si drôles, que j'aurais bien aimé avoir auprès de moi étant gamine. 

L : Il faut aller les rejoindre ! Moi, je dirais Inland Empire de David Lynch, parce que c’est un film duquel je pourrais sauter dans d’autres films. Je passerais les parois, et j’irais chez Godard, Cassavetes, Guy Maddin, Nelly Kaplan, et tant d'autres…

Lucie Borleteau et Laure Giappiconi sur le tournage de Romy & Laure… Happées par le Trou Spatio-Temporel ! (c) Charlotte Skurzak

Laure, dans ton film Tandis que je respire encore (2020), co-réalisé avec Élisa Monteil et La Fille Renne, tu dis : « J’aime montrer mon corps parce que je le trouve beau et que je sais que ça ne durera pas. » À quel point cette idée de se créer des souvenirs préside à votre envie de faire des images ?

L : Je sais que je ne suis pas actrice pour rien, je le suis, entre autres, pour vivre dans le regard des autres, pour exister dans une autre dimension que le réel. Je viens du théâtre, mais le problème des spectacles, c’est que tu les joues, et puis une fois que tu ne les joue plus, ils n’existent plus. Le cinéma, ça reste, il y a des traces. Je n’ai parfois plus aucun souvenir de ce que j’ai pu faire au théâtre, même quand il s'est agi d'expériences fondamentales pour moi.

R : Toute la vague d'artistes féministes qui ont réalisé des performances importantes, les ont documentées par la photographie, de sorte que leur travail arrive jusqu’à nous. Moi, j’ai été très marquée par ces artistes : Valie Export, Marina Abramović, Annie Sprinkle, Gina Pane… Il faut savoir d’où l’on vient en tant qu'artiste, pourquoi on fait les choses. Et je suis convaincue de l’importance de documenter ce que l’on fait. Ce sont des œuvres qui peuvent peiner à trouver un public qui leur est contemporain, mais qui peuvent profiter d’un rebond des décennies plus tard. Ça se vérifie souvent pour des œuvres qu’on qualifie de « subversives. » J’ai commencé la photo en photographiant dans mon lit, mes meilleures copines, mes amantes, mes amants, et je me dis « c’est pas rien », on a besoin de ces témoignages pour le futur.

Juste avant de venir Romy, tu as fait un post sur les réseaux relayant une performance de la poétesse Gorge. Cette poésie lesbienne très explicite, vous y puisez quelque chose ?

R : C’est une pote. Je ne lisais pas trop de poésie avant. C’est via elle que je me suis intéressée à des écrits poétiques d’autrices lesbiennes. Gorge a "lancé" en France ce mouvement de poésie porn, punk, avec derrière toute cette culture DIY du fanzine. Avant elle, je n’avais jamais entendu le nom de Kathy Acker [autrice américaine de Blood And Guts In High School (1984)disparue en 1997]. C’est comme si elle avait été étouffée par la culture dominante. D’un coup, tu te dis, et oui, je ne lis pas de poésie gouine. Pourquoi ? Parce qu’il faut aller la chercher.

Je trouve que chez Acker, il y a des choses dures à lire, mais face à des personnalités comme ça, tu ne peux qu’être admirative… Chelsea Girls d’Eileen Myles [paru en 1994, portrait poétique de la vie new yorkaise lesbienne dans les années 1970-1980, son auteurice s’identifie désormais comme non-binaire, ndlr], que je trouve plus inspirant.e personnellement, c’est pareil, c’est un.e auteurice qui fait voler le cadre en éclat. Quand on faisait …Le Trou Spatio-temporel, j’ai beaucoup pensé à Chantal Akerman, ou Monique Wittig. Le moment où j’ai lu son essai La Pensée straight [recueil d’articles féministes et lesbiens paru en 1992, ndlr], j'étais dans le métro, et cette phrase « Les lesbiennes ne sont pas des femmes », ça a été un électrochoc, ça a transformé ma vie.

Dans l’appartement de Romy et Laure, il y a une affiche d’Une Vraie jeune fille de Catherine Breillat. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

L : C’est une cinéaste hyper intéressante, étonnante.

R : Plus jeune, Catherine Breillat, c’était ma référence. Une vraie jeune fille, je l’ai regardé très jeune, en plusieurs fois, car j'avais très peur que ma mère ne débarque dans le salon, j'avais donc la main scotchée à la télécommande au cas où. Dans un monde où tout est lisse, où le cahier des charges est toujours bien respecté, c’est important d’avoir des exemples de cinéastes qui, à l’époque, mettaient tout le monde mal à l’aise. Ne faire que du préfabriqué, pour moi, c'est le début de la fin.

L : Breillat est aussi un personnage complexe, bien sûr. Mais on la rejoint sur “Tout ce qui est raisonnable m’embête fondamentalement” [extrait d’une interview de Catherine Breillat dans Les Inrocks en septembre 2023, ndlr.]

Titi dans Romy & Laure… Et le Mystère du Plug Enchanté (2021) 

Comment est arrivé Titi, le chat en peluche qui vous accompagne dans toutes vos aventures ?

R : C’est un cadeau de la nature.

L : Il aurait voulu être là lui aussi, pour l'interview, il était un peu triste que tu ne l’aies pas invité. Titi est en train de devenir notre muse. C'est la peluche de la fille d’un ami, qui est d’ailleurs sa voix. On est ce genre de personnes qui adorent les chats, qui n'éprouvent aucun intérêt pour autre chose s'il y a un chat dans la pièce. On s’est rendu compte que Titi avait un talent exceptionnel parce que sa confection est un peu pourrie. Il n’exprime rien et il exprime tout. Avec Titi, on est dans un endroit de paradoxe, de Beauté au sens baudelairien du terme.

R : Un moment marquant dans notre jeune carrière de cinéastes, c’est dans … Le Mystère du Plug Enchanté, quand il y a l’orgie qui prend, et que Titi est caché et assiste impuissant à la scène. Face à toutes ces émotions qu'il nous transmet, on s’est dit : on tient un acteur.

L : Dans notre prochain projet, Titi a une place prépondérante : ce sera Romy, Laure & Titi à la conquête de l'univers.

R : Titi règnera en maître.  

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