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« La Nature » d’Artavazd Pelechian : apocalypse now

  • Louis Blanchot
  • 2022-02-18

Heureuse nouvelle : le dernier film du grand Artavazd Pelechian, « La Nature », sort enfin en salles. Un opéra muet consacré aux forces dévastatrices des éléments qui rappelle, en ce deuxième anniversaire de pandémie, un constat implacable : nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Aussi précieuse que dissimulée (il faudra attendre 2007 et la sortie d’un programme de trois de ses courts, « Artavazd Pelechian. Le poète cinéaste arménien, pour voir enfin une partie de sa filmographie exploitée en salles), l’œuvre de cet héritier de Lev Koulechov et de Sergueï Einsenstein s’appuie sur des images d’archives pour composer de puissantes élégies à la gloire de Mère Nature. La Nature, c’est justement le titre et le sujet du projet commandé au réalisateur par la Fondation Cartier pour l’art contemporain (en collaboration avec le Centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe). L’opportunité, pour le cinéaste, silencieux depuis vingt-cinq ans, de prolonger des expérimentations entamées avec des films comme Les Saisons – fort justement diffusé en miroir à l’occasion de l’exposition qui s’est terminée en mai dernier.

Difficile de résu­mer un film de Pelechian, lui qui met en scène de manière symphonique la lutte sans cesse rejouée entre le genre humain et son environnement (son œuvre la plus illustre, Notre siècle, reconstituait en un même fracas d’images décontextualisées les tentatives de l’homme pour conquérir l’espace). Délesté de tout impératif narratif ou explicatif (pas de personnage, pas de voix off), La Nature chorégraphie ainsi un hypnotique ballet de puissances telluriques et cosmiques en mouvement – essaims de nuages se réunissant au sommet des montagnes, cours d’eau qui convergent et débordent de leur lit, cisaillement des vents formant progressivement les contours d’une tornade…

Une danse des éléments qui dessine le portrait d’une Terre en forme de paradis menaçant, éternelle Arcadie aux accès de colère arbitraires et réprobateurs, qui vont chaque fois renvoyer l’homme à la fragilité de sa condition. Le panthéisme incantatoire des premières minutes glisse ainsi progressivement vers un registre cataclysmique, charriant dans un chaos rageur les images de dévastation (notam­ment empruntées aux vidéos amateurs des raz-de-marée ayant ravagé l’Asie du Sud-Est). La nature du titre y est donc admirée autant que crainte, déclinant en une frise d’apocalypse le spectacle d’une humanité en sursis, condamnée à cohabiter au quotidien avec la promesse de son extinction.

La Nature d’Artavazd Pelechian, Les Films du Camélia (1 h 02), sortie le 23 février

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