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Qui est Chris Rock, l’humoriste giflé cette nuit par Will Smith aux Oscars ?

  • Juliette Reitzer
  • 2022-03-28

Star de la comédie venue du stand-up, roi d’un humour qui épingle les mœurs américaines, le comédien a été giflé par Will Smith lors de la cérémonie des Oscars dans la nuit de dimanche à lundi, après avoir fait une plaisanterie sur l’alopécie de sa femme Jada Pinkett Smith. Nous republions son portrait.

Cet article a été initialement publié en 2012, lors de la sortie de 2 Days in Paris de Julie Delpy.

Dans 2 Days in New York de Julie Delpy, Chris Rock est Mingus, l’amoureux américain de Marion (Julie Delpy), qui voit son quotidien chamboulé par l’irruption de sa belle famille française. Méconnu chez nous, l’acteur est pourtant une star de la comédie populaire américaine. Présentations.

« Vous connaissez Chris Rock ? – Qui ?! ». Un tel échange est aujourd’hui hautement improbable aux États-Unis. La scène se passe en 1989, et ouvre un court métrage étudiant sobrement titré Who is Chris Rock ?. Quasi inconnu à l’époque, malgré quelques premières apparitions dans des programmes télé type Showtime at the Apollo ou Miami Vice, un jeune Chris Rock de 23 ans bougonne, assis à côté de maman dans l’appartement familial de Brooklyn, où il a grandi : « Les gens disent que je ne devrais pas parler de suicide ou d’avortement. Mais je ne vais pas changer mon style : on peut rire de tout! ». Plus de vingt ans plus tard, son succès outre-Atlantique lui donne raison.

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Comme Jim Carrey, Dave Chappelle ou Whoopi Goldberg, Rock débute sur les planches du comedy club new-yorkais Catch a Rising Star. En 1987, Eddie Murphy le repère dans une autre salle de Manhattan, le Comic Strip, et lui offre un petit rôle dans Le Flic de Beverly Hills 2, premier jalon pour Rock d’une filmographie inégale, de Dogma à Nurse Betty ou Bad Company, jonchée de pépites comme New Jack City (1991).

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C’est à la télé que le jeune homme fait des étincelles. Trois ans au sein des « Bad Boys du Saturday Night Live », sur NBC (avec Adam Sandler), assurent sa notoriété et lui permettent de retourner à sa marotte : le stand up. Comprenez, un type tout seul sur une scène vide, un micro à la main, qui raconte des blagues. Et, dans le cas de Rock, un public en délire. Sur un ton inspiré par les prêches de son grand-père révérend, comme il aime le répéter, Chris Rock épingle scandales judiciaires, affres de la vie de couple et stéréotypes sur les Afro-Américains, passant les mœurs U.S. à la moulinette de l’humour noir. Ponctuées d’un rictus sardonique – nez froncé, yeux hilares –, ses punchlines déferlent sur un public extatique : « Un sport sans Noirs n’est pas vraiment un sport. C’est un jeu. »; «Celui qui n’a jamais pensé à tuer son conjoint n’a jamais été amoureux. La seule chose qui vous a empêché de descendre cet enfoiré, c’est un épisode des Experts. »

« Les gens disent que je ne devrais pas parler de suicide ou d’avortement. Mais je ne vais pas changer mon style : on peut rire de tout! »

Rapidement, HBO produit, enregistre et diffuse à l’antenne ses spectacles, dont Bring the Pain en 1996, qui assoit solidement la cote de popularité du comédien, lui vaut deux Emmy Awards et incite la chaîne à lui offrir une émission régulière, The Chris Rock Show. Très populaire, Chris Rock parade en couverture de Vanity Fair, Rolling Stone ou GQ, présente la cérémonie des Oscar en 2005 et écrit même une série télé inspirée par son adolescence, ironiquement nommée Tout le monde déteste Chris.

Si le petit écran l’a confortablement installé dans le salon de ses compatriotes, son humour ravageur, intrinsèquement lié à la culture populaire américaine, reste hélas peu diffusé dans notre pays. Il fallait rien de moins qu’une Française émigrée outreAtlantique pour combler ce fossé culturel: « Il est très drôle. J’ai écrit le rôle de Mingus en pensant à lui », nous a confié Julie Delpy, qui le dirige dans 2 Days in New York. La cinéaste fait des différences de mœurs l’un des ressorts comiques les plus savoureux de son film: Mingus, New-Yorkais pur jus, s’y retrouve confronté aux gauloiseries éhontées de sa belle-famille.

Une traversée culturelle pas si surprenante pour Chris Rock, lui-même réalisateur de deux comédies efficaces, Président par accident en 2003 et Je crois que j’aime ma femme en 2007, librement inspiré par L’Amour l’après midi d’Éric Rohmer, dont il transpose l’intrigue en plein New York. Outre un documentaire sur l’endettement (Credit is the Devil), il prépare actuellement le remake américain d’un autre film français, La Première Étoile, qu’il produit et devrait réaliser. À 47 ans, cette star très américaine semble prête à déferler de notre côté de l’océan.

Illustration : Raphaël Garnier, Vasco

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