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Cannes 2023 · « Le Jeu de la reine » de Karim Aïnouz : les secrets de l’histoire

  • Juliette Reitzer
  • 2023-05-23

À la cour du tyrannique Henri VIII, le cinéaste Brésilien Karim Aïnouz explore l’histoire du côté des femmes et en particulier de la dernière épouse du roi, la fine et déterminée Katherine Parr. Un grand film féministe et pictural.

Dès le carton qui s’affiche au début du film, le cinéaste expose un parti pris, limpide et admirablement tenu : si l’histoire retient les guerres et les hommes, il nous faut imaginer quelle fut l’existence du reste de l’humanité. À savoir les femmes – reines, princesses, dames de compagnie ou servantes - et les enfants, héritiers du trône déplacés sur l’échiquier du pouvoir à la guise des ambitions d’hommes puissants – le roi, ses conseillers, médecins, prêtres…

On est d’emblée saisis par la beauté picturale du film (Hélène Louvart à la photographie) qui prolonge à merveille l’esthétique sombre, presque fantomatique, des portraits moyenâgeux des Tudors et tire profit de l’atmosphère gothique et brumeuse de la campagne anglaise. Le film débute à l’été 1544. Catherine, sixième épouse d’Henri VIII, a été désignée régente pour gouverner le royaume en l’absence de son mari, parti en campagne en France.

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Réformatrice à l’heure où l’Angleterre est divisée entre partisans d’un catholicisme traditionnel et adeptes de la « nouvelle foi » protestante (considérés comme hérétiques par Henri VIII), la reine materne les princes et princesses (nés des précédentes unions du roi), s’inquiète de la peste qui décime Londres et ambitionne d’autoriser la publication de la Bible en langue anglaise (et non plus seulement en latin).

Mais c’est toute sa vitalité et sa passion qui semblent la quitter lorsqu’on annonce le retour anticipé du roi. À vrai dire la cour entière semble saisie d’un effroi muet. C’est que le souverain vieillissant et malade (impressionnant Jude Law, répugnant et terrifiant à souhait) est réputé pour ses sautes d’humeur et sa cruauté - il a fait décapiter deux de ses précédentes épouses, en a banni deux autres, et une cinquième est morte en couche.

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Dans le rôle de Katherine Parr, dès lors en mode survie (d’autant plus que le roi, handicapé par un abcès purulent à la jambe, montre bientôt des signes de lassitude vis-à-vis d’elle), Alicia Vikander est sidérante dans sa manière silencieuse d’exprimer l’effondrement intérieur et la ténacité corsetée, prise comme une souris entre les griffes de ce mari abusif, manipulateur, parano et geignard, à l’affut du moindre mot ou geste de travers.

Au-delà de cette violence maritale éprouvante, la réussite du film est de pointer la masculinité toxique comme un système, une organisation : même l’amoureux historique (et platonique) de la reine n’hésitera pas longtemps avant d’apporter une preuve pouvant la condamner, dès lors qu’on menace de lui retirer ses privilèges. Discrètement soutenue par une poignée de femmes aux abois, il s’agira dès lors pour elle de mener une délicate et clandestine bataille pour déjouer les plans d’Henri VIII – jusqu’à une résolution qui, si elle prend quelques libertés avec l’histoire officielle, s’avère franchement jouissive.

Le Festival de Cannes se tient cette année du 16 au 27 mai 2023. Tous nos articles sur l’événement sont à suivre ici.

Image Copyright Courtesy of Brouhaha Entertainment

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