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Scène culte : « Audition » de Takashi Miike

  • Michaël Patin
  • 2022-04-12

On vous dit « Audition », vous voyez une jeunette torturer un quinqua à l’aiguille ? Il est temps de revoir cette critique brillante et vicieuse de la domination masculine (en salles le 13 avril).

Patron d’une société de production de films, veuf depuis sept ans, Shigeharu Aoyama (Ryō Ishibashi) élève seul son fils. Pour l’aider à se remarier, un collègue propose d’organiser un casting et de le laisser faire son choix parmi les candidates. Aoyama flashe sur Asami Yamazaki (Eihi Shiina), jeune femme douce et réservée, au passé douloureux… Du premier film de Takashi Miike distribué en France (environ le trentième du stakhanoviste japonais), en 2002, on retient surtout la scène de torture finale – les « kiri, kiri, kiri » (« coupe, coupe, coupe ») que scande Yamazaki en plantant ses aiguilles dans le corps d’Aoyama.

Un choc patiemment préparé par Miike : dans sa première heure, Audition ressemble à un film d’auteur classique et attendrissant (la complicité père-fils, la mélancolie du deuil) d’où la violence semble absente. « Semble », car c’est bien ce qu’on considère comme violent (ou attendrissant) qui est ici en question. Ainsi la scène de l’audition (centrale, d’où le titre) reprend les codes de la comédie romantique, avec une série de plans cut et d’ellipses rythmés sur une mélodie enjouée, un peu comme la scène d’essayage de Pretty Woman.

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Questions déstabilisantes du producteur, réactions d’actrices déstabilisées, mains qui notent et éliminent, rires complices et sourires gênés, tout semble si léger… Jusqu’au passage de Yamazaki (la musique s’arrête) à laquelle Aoyama réserve une pluie d’éloges pas du tout déontologiques. Ici, la métaphore est d’autant plus brillante qu’elle s’appuie sur une manipulation perceptive : cette violence que nous ne voyons plus, tant elle est intégrée, c’est celle d’une société dans laquelle les hommes (les producteurs) ont tout pouvoir sur le corps, l’esprit, le destin même des femmes (les actrices). Y compris – surtout ? – quand ils tombent amoureux. En réponse à cette scène faussement guillerette, les « kiri, kiri, kiri » de Yamazaki sonnent comme un avertissement : attention, la domination rend bête et la soumission rend folle.

Audition de Takashi Miike (The Jokers/Les Bookmakers, 1 h 55), ressortie le 13 avril

Images (c) The Jokers / Les Bookmakers

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