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Cinéma du réel 2023 : 3 pépites à ne pas manquer

  • Marie-Manon Poret et Léa André-Sarreau
  • 2023-04-03

Alors que la 44e édition du festival de cinéma documentaire vient de s'achever, couronnant du Grand Prix deux films français ex aequo, « Coconut Head Generation » d’Alain Kassanda et « Up the River with Acid » de Harald Hutter, retour sur trois films coups de coeur, qui interrogent notre capacité à regarder et à intégrer les marges.

Adieu Sauvage de Sergio Guataquira Sarmiento

Dans ce poignant film nimbé de noir et blanc, Sergio Guataquira Sarmiento, originaire de Colombie, retourne dans son pays pour filmer les Cacua, une communauté amérindienne en proie à une vague de suicides. Un geste de cinéma fort, qui lui permet de retracer une double quête identitaire : celle des exilés (il vit lui-même en Belgique), et celle des peuples exploités par les colonisateurs. Un déracinement peu exprimé par les Cacua eux-mêmes - et pour cause, la nostalgie est un terme absent de leur vocabulaire.

Avec justesse, le réalisateur cherche à retranscrire la souffrance d’un peuple indigène dont les terres sont spoliées et vendues à des industriels par un gouvernement corrompu. La souffrance est muette chez ce peuple que le réalisateur va chercher à écouter et à comprendre en s’intégrant parmi eux. Il tend l’oreille, s’adapte, devient l'entraîneur de l’équipe de foot féminine du village, se lie d’amitié avec un des habitant de la tribu... Surtout, il se fait narrateur de leurs histoires, sa voix off se superposant aux plans immersifs des vastes forêts sauvages de Colombie. Filmées comme des repaires dans lesquelles les Cacuas, considérés comme des sauvages par le monde extérieur, cherchent à s’abriter des regards intrusifs et indiscrets, les forêts deviennent les héroïnes majestueuses de ce beau film sur la rencontre de l'altérité.

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Arguments d’Olivier Zabat

Dans ce documentaire percutant, Olivier Zabat nous emmène à la rencontre de schizophrènes venus de toute l’Europe pour se réunir chez un couple de britanniques, afin de partager la manière dont ils concilient leur quotidien avec leurs troubles. Avec beaucoup de patience et de délicatesse, le documentaire suit ces « entendeurs de voix », qui, au grès de thérapies de groupes apprennent à gérer l’omniprésence de ces voix intérieures qui contrôlent leurs actes. La force du film est de présenter ses protagonistes non pas comme des marginaux réduits à un diagnostic psychiatrique, mais comme un collectif d'individus hypersensibles.

Leurs voix deviennent une force, revendiquée comme une arme contre l'oppression de toutes les minorités, une sorte de chant d'espoir à la gloire de la différence. Ici se noue le projet politique du film : faire entendre ceux que la société réduit au silence. Olivier Zabat y parvient grâce à un dispositif formel très exigeant, fait de longs plans séquence qui laissent les mots se délier, de mixages sonores qui nous font entendre les enregistrements vocaux des tables rondes. Un film empathique et ancré dans le réel, qui fait résonner à nos oreilles un merveilleux spectre de communications possibles.

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La Base de Vadim Dumesh

Le documentaire du letton Vadim Dumesh s'ouvre un peu comme Le Chant du styrène d'Alain Resnais, ode au plastique dans lequel le réalisateur filmait avec un mélange d'ironie et de fascination la fabrication de cette matière polluante. Ici aussi, l'objet du désir (et de la caméra) est d'aspect rebutant : il s'agit de la base arrière de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, sorte de no man's land, terrain de transit où viennent trouver refuge les chauffeurs de taxi parisiens, en crise depuis le déferlement des VTC et l'ubérisation. Ici aussi, ce monde de béton, avec ses parkings à étages déshumanisants et ses routes comme des artères vides, est filmé avec une grande majesté, à coups de travellings lents et amples.

Vadim Dumesh traque la beauté de ce parking à ciel ouvert, où l'on observe passer les avions comme autant de promesses de voyages inatteignables. Qu'importe : la micro-société de ces chauffards recèle de trésors. Ici, on joue à la pétanque, on pique-nique, on fait du sport, on jardine, on replante les arbres décimés par le goudron qui gagne du terrain. On réinvente une collectivité à l'abris de l'impitoyable concurrence de la métropole. Le génie du réalisateur consiste à s'effacer complètement face à ceux qu'il est allé rencontrer. Comme invisible, il relègue la narration aux protagonistes, qui se filment (ironie tragique) avec l'outil même qui a fait tomber en désuétude leur métier : le téléphone portable. A travers ces bribes de vie hétérogènes, où se cognent le trivial et le poétique - une station-service devient le matériau d'une superbe digression lyrique - dans une esthétique de l'impureté, ces oubliés de la capitale archivent leurs souvenirs. Et revendiquent, à défaut d'une considération sociale, le droit à la mémoire par la création.

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Le palmarès complet

Grand Prix Cinéma du réel 2023 : Coconut Head Generation d’Alain Kassanda et Up the River with Acid de Harald Hutter

Mention spéciale Jury longs métrages : Allensworth de James Benning Prix international de la Scam : Being in a Place: A Portrait of Margaret Tait de Luke Fowler

Prix de l’Institut français – Louis Marcorelles : Ana Rosa de Catalina Villar

Prix Loridan-Ivens/Cnap : La Bonga de Sebastián Pinzón Silva et Canela Reyes

Mention spéciale : Up the River with Acid de Harald Hutter

Prix du court métrage : Last Things de Deborah Stratman

Prix Tënk : Cinzas e nuvens de Margaux Dauby

Prix des Jeunes – Ciné + : La Base de Vadim Dumesh - 

Mention spéciale du Jury courts métrages et premiers films : Bac à sable de Lucas Azémar et Charlotte Cherici

Prix des bibliothèques : Adieu Sauvage de Sergio Guataquira Sarmiento 

Prix du patrimoine culturel immatériel : La Bonga de Sebastián Pinzón Silva et Canela Reyes

Prix des détenues : Piblokto de Anastasia Shubina et Timofey Glinin

Mention spéciale : Un cœur perdu et autres rêves de Beyrouth de Maya Abdul-Malak

Prix Clarens du Documentaire Humaniste : El Juicio de Ulises de la Orden

Mention spéciale : Coconut Head Generation de Alain Kassanda

Prix du public – Première fenêtre : Quitter Chouchou de Lucie Demange

WIP – Coup de cœur Orlando dans le cadre de ParisDOC Works-in-Progress : Al Oeste, en Zapata de David Beltrán i Marí

Prix Route One/DOC : Andréa Visini, autrice du projet Brille la terre

Prix Préludes à la numérisation : Prove di Stato de Leonardo di Costanzo

Prix Préludes à la restauration : Juliette du côté des hommes de Claudine Bories

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