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À voir en ligne : « La Reina » de Manuel Abramovich

  • Raphaëlle Pireyre
  • 2022-03-15

La petite reine de beauté que filme le cinéaste argentin aimerait sûrement être ailleurs, mais qui pourrait le savoir, puisque personne ne l’écoute jamais ? Heureusement, Manuel Abramovich la regarde vraiment, lui.

LE FILM

Memi est une jeune reine de beauté née quelque part en Argentine. Manuel Abramovich a filmé la préparation du carnaval au cours duquel elle doit représenter la Reine du chocolat, fardée, souriante, portant un costume paré de centaines de plumes, et une traine de plusieurs mètres de faux diamants. Cette fillette de 11 ans au visage de poupée est immobile, alors que dans un hors champ des mains s’affairent à la préparer et que des voix d’adultes débattent sur le meilleur moyen de fixer son imposante couronne.

À son entrainement de tennis ou de natation, Memi est le jouet de voix qui cherchent à la rendre performante. Le cinéaste la voit, lui, comme un corps frêle d’enfant. La succession de gros plans sur le visage effaré de la fillette, sur son regard plein d'incrédulité suffit à raconter la violence de la sexualisation précoce et de des rituels de douleur qu'on lui impose, auxquels elle semble en apparence se plier tout en y résistant intérieurement. 

Pour voir le film, cliquez ici.

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LE RÉALISATEUR

La Reina est le court métrage qui a fait connaître Manuel Abramovich, réalisateur né en 1987 en Argentine. Son récent long métrage encore inédit, Pornomelancholia, s’intéresse au spleen de Lalo, sex-influenceur qui exhibe son corps et le met en scène comme le plus désirable possible. Comme la jeune Memi, exhiber sa beauté ne semble pas le combler. Soldado, long métrage documentaire, explorait déjà la masculinité enserrée dans la rigidité de plans fixes tournés dans une caserne.

Avec Anos Luz (2017), le réalisateur fait le portrait de Lucrecia Martel, cinéaste qu’il admire follement et avec laquelle il partage l’attrait de l’autonomie de la bande son et sa disjonction de l’image. C’est justement ce procédé qu’il utilisait dans Blue Boy (Ours d’or du court métrage en 2019), série de quatre courts portraits en plan fixe de travailleurs du sexe qui écoutaient le témoignage qu’ils avaient livrés plus tôt sur leur activité, ouvrant, dans cet écart entre le présent de l’image et le passé de la voix, la porte d’une émotion palpable et indicible.

Images (c) Manuel Abramovich

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