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3 questions à Julien Gaspar-Oliveri, réalisateur du touchant Villeperdue

  • Trois Couleurs
  • 2017-09-04

Dans Villeperdue, sorti mercredi dernier au cinéma, un frère et une sœur (Benjamin Siksou et Lucie Debay) viennent rendre visite à leur mère (Carole Franck), quelque temps après avoir quitté le domicile familial. Un moyen-métrage sur des retrouvailles tour-à-tour mélancoliques et explosives, dans un décor en forme de huis-clos à ciel ouvert. Rencontre avec ce jeune réalisateur, qui sonde avec talent les relations familiales tout à la fois fusionnelles et asphyxiantes. 

Comme dans Loin de Benjamin (2011), ton premier court-métrage, tu traites de la complexité des rapports familiaux. Pourquoi cette thématique t’importe-t-elle autant ? 
C’est vrai que, dans mon premier film, le personnage s’extirpe de sa famille pour aller vivre son homosexualité ailleurs. Ici, je m’intéresse à la peur d’être abandonné par les siens, qu’elle soit ressentie par les parents ou les enfants et je me penche, en parallèle, sur ce besoin de se défaire de sa famille quand on grandit. C’est loin d’être simple. Aujourd’hui, on nous demande souvent la trajectoire de nos personnages, leurs parcours de A à Z, alors qu’une relation entre des êtres ne s’explique pas en ces termes. Et comme je n’aime pas que les émotions soient forcées, j’ai voulu les étirer le plus possible.

Dans ce film, tu n’as pas donné d’indice sur le père, il n’y a même aucun signe matériel de son existence dans la maison familiale. Pourquoi ce choix ?
Pour moi, c’est le rapport au père qui est intéressant, non son personnage lui-même. Les conflits entre ces trois personnages sont certainement causés par cet être qui n’est pas là. J’ai beaucoup travaillé la relation mère-fille. Ce sont deux femmes en lutte, qui s’aiment d’un amour un peu sauvage. Que la mère tombe amoureuse et que la réaction de sa fille soit si intense en dit long sur la jalousie entre membres d’une même famille. La difficulté tient au rôle et aux devoirs que d’autres nous attribuent au sein du groupe. Il faut pouvoir les remettre en cause, même quand il s’agit de nos proches.

Question décors, la partie intérieure est assez chargée, un peu désuète dans sa déco. En revanche, l’extérieur est complètement vide et, souvent, on y voit des scènes bien plus apaisantes. 
Il y a des correspondances entre l’environnement et les relations entre personnages. C’est un appartement très coloré et je pense que ça raconte quelque chose sur le temps. On ne voit plus trop ce type d’intérieur  maintenant, c’est vieillot. Ça renvoie justement à ce qu’on laisse en suspens. Avec les extérieurs, j’ai aimé qu’il y ait ces arbres immenses, ces  cours d’eau, ces éléments purs et figés qui donnent un côté « enfance perdue ». Ça se retrouve dans le nom de la ville, d’ailleurs, où les deux mots sont collés, comme un bloc de béton. Ça résonne bien avec cette idée d’enfance qui part inéluctablement, qui est irrattrapable. Propos recueillis par Josephine Leroy

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