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10 films à voir absolument en mars

  • TroisCouleurs
  • 2022-03-01

Chaque mois, on vous concocte une liste de films à voir en priorité dans les salles obscures. Ce mois-ci : on traîne avec Batman dans un Gotham poisseux, on décolle dans les airs avec Adèle Exarchopoulos et on s’interroge sur l’origine du mal en suivant un jeune assassin de 17 ans.

RIEN À FOUTRE

Adèle Exarchopoulos est propulsée dans les airs par les cinéastes Julie Lecoustre et Emmanuel Marre. Leur premier long métrage nous immerge dans le quotidien d’une jeune hôtesse de l’air, employée d’une compagnie low cost, dont l’apparente désinvolture dissimule de grandes fêlures. Uniforme bleu et jaune ultra moulant, rouge à lèvres obligatoirement accordé au vernis, sourire figé… L’actrice incarne avec une justesse impressionnante Cassandre, qui s’abandonne entre deux escales aux soirées alcoolisées, aux coups d’un soir, aux rêves de Dubaï ou à l’ennui. Evitant l’esthétique carte postale aussi bien que le drame social lourd, le film prête juste attention à ces filles de passage pas forcément malheureuses, sans pour autant détourner le regard sur les raisons qui ont amené Cassandre à choisir cette vie – comme en témoigne une dernière partie tout en décompression, conclusion parfaite de ce voyage aérien qui sait trouver le juste dosage entre légèreté, exaltation et mélancolie. · J. L.

En salles le 2 mars.

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THE BATMAN

En faisant de Batman un détective solitaire pris dans les toiles d’une énigme qui le poussera à une introspection inédite, Matt Reeves propose un film de super-héros mélancolique. Dénué de super-pouvoirs, cet anti-héros brille par ses capacités de logique et de déduction, mais aussi par son obsession pour l’énigme de son adversaire, le Riddle. Cette même énigme se révèlera aussi être un voyage personnel au bout de sa propre généalogie, celle des Wayne, famille philanthropique dont la sacro-sainte réputation sera également écorchée. Conscient qu’il n’échappera pas au cahier des charges du blockbuster, The Batman se fraye un chemin plus personnel, où l’on décèle en creux le déclin d’un certain héroïsme hollywoodien. Il fallait sans doute l’étrange beauté abîmée et taciturne de Robert Pattinson pour initier cette ère du super-héros plus humain. L.A.S

En salles le 2 mars.

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VIENS JE T’EMMENE

L’énigmatique cinéaste albigeois, réalisateur de L’Inconnu du lac et de Rester vertical, délaisse les causses sauvages pour un film urbain situé à Clermont-Ferrand. La ville cerclée de collines est presque l’héroïne de Viens je t’emmène, son fascinant sixième long métrage. On y suit un type lambda accro au jogging (Jean-Charles Clichet) qui s’amourache d’une prostituée quinquagénaire et délurée (Noémie Lvovsky) et rencontre un jeune SDF désarmant (Iliès Kadri) alors qu’un attentat plonge les habitants de la ville – et plus particulièrement d’un immeuble - dans la paranoïa. « Le film fonctionne beaucoup sur la confusion ambiante, le complotisme aussi, une période un peu trouble où, parfois, les gens ne correspondent pas à l’idée qu’on se fait d’eux, nous a confié le cinéaste. Les personnages sont tous écrits comme des archétypes sociaux très singuliers. Le film est parti de cette espèce de bordel qu’on a du mal à appréhender. » · Q.G. et T.Z.

En salles le 2 mars.

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EN NOUS

En 2011, Régis Sauder s’immisçait dans une classe du lycée Diderot, dans les quartiers Nord de Marseille, dans Nous, princesses de Clèves. Depuis, dix ans ont passé. Quels adultes ces lycéens sont-ils devenus ? Régis Sauder y répond dans En nous. Les uns ont bourlingué à l’étranger, ont rapidement découvert la vie active ou ont fait des enfants, les autres ont rejoint la capitale, ont mené de longues études ou se sont épanouis dans leur passion. Si la mélancolie du temps qui passe est omniprésente, redoublée par l’ampleur d’un cadre parfois gorgé de solitude, on reste exalté par la richesse des trajectoires. C’est cet éclatement qui, en creux, célèbre enfin la précieuse singularité des uns et des autres. Sans didactisme, En nous s’affirme comme le film-témoin d’une diversité – culturelle, sexuelle, professionnelle – encore camouflée par les stéréotypes qui planent sur les jeunes issus des banlieues. · D. E.

En salles le 23 mars.

BRUNO REIDAL

 Quand le mal se raconte… Réalisateur du moyen métrage Le Gouffre (Prix Jean Vigo 2016), film de genre en noir et blanc dans lequel on plaçait beaucoup d’espoir, le Breton Vincent Le Port signe un premier long radical et troublant qui nous met dans la tête d’un jeune assassin de 17 ans, coupable du meurtre d’un enfant dans la Creuse en 1905. Une sorte de « French Psycho » donc, qui impressionne en fictionnalisant le véritable texte autobiographique du meurtrier, lui donnant la parole en off, le tout à travers une mise en scène sèche, atone et glaçante qui évoque autant Robert Bresson que les premiers films de Bruno Dumont. C’est surtout une puissante réflexion sur quoi faire de ces récits de la violence : comment se place-ton, comme artiste ou bien comme spectateur, face à cette représentation d’atrocités ? Passionnant et sidérant. · Q. G.

En salles le 23 mars.

FUNAMBULES

Le quotidien d’une poignée d’êtres rongés par des troubles psychiatriques dans un documentaire aussi atypique que ses sujets, qui ne renie ni sa part de mise en scène ni sa dimension fictionnelle. « Ma maladie, c’est des formes et des couleurs qui se mélangent. » Aube, presque trentenaire, vit recluse chez ses parents. Son existence s’organise autour de quelques obsessions : le thé, les jolis objets, les émissions imaginaires qu’elle présente dans sa cuisine. Ilan Klipper (Commissariat) s’installe dans son intimité, ainsi que dans celle de Yoan, jeune homme à la violence rentrée, et de Marcus, retraité vivant dans un capharnaüm… Funambules s’ouvre comme un documentaire à la part de mise en scène assumée, jouant avec les flous et les lumières, puis se nourrit progressivement de petits morceaux de fiction. Un film de l’entre-deux troublant, dont chaque protagoniste a conscience d’évoluer dans un autre monde. · T. M.

En salles le 16 mars.

A PLEIN TEMPS

Forte de premiers rôles incandescents, Laure Calamy confirme qu’elle sait tout jouer avec ce film social en forme de compte à rebours, présenté en section Horizons à la Mostra de Venise, où la Française a décroché un Prix d’interprétation. La comédienne y campe Julie, une mère célibataire qui vit à la campagne avec ses deux enfants et doit se rendre quotidiennement dans la capitale, où elle gère un groupe de femmes de chambre qui travaillent dans l’hôtellerie de luxe. Lorsqu’elle décroche l’entretien d’embauche dont elle rêvait, une grève des transports éclate. C’est son équilibre tout entier qui se trouve alors menacé… Le deuxième film d’Éric Gravel (après Crash test Aglaé en 2017) oppose, à la torpeur d’un certain cinéma social, une frénésie ininterrompue. Et Laure Calamy permet à la complexité du propos social de s’incarner à une échelle microscopique : celle d’une femme qui, malgré la force bien réelle de ses désirs, voit son horizon suspendu aux lèvres de sa condition salariale. · D. E.

En salles le 16 mars.

ENTRE LES VAGUES

 Découvert à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes l’année dernière, le deuxième long-métrage de la très prometteuse Anaïs Volpé (après HEIS (CHRONIQUES) en 2015) est une belle histoire de sororité. Porté par un duo fabuleux, il raconte l’histoire d’Alma (Déborah Lukumuena) et Margot (Souheila Yacoub), deux jeunes amies à l’énergie débordante qui tentent de poursuivre un même rêve (percer dans le théâtre et le cinéma) sans se laisser dévorer (et donc être séparées) par leurs ambitions. A partir de cette trame, Anaïs Volpé filme au plus près les élans, déroutes et désillusions d’une jeunesse qui, bien qu’abonnée au rejet d’auditions foireuses et à la précarité, reste combattive. Une idée qui se traduit par un contraste saisissant à l’image : au long de nombreuses traversées nocturnes, des points lumineux viennent toujours faire rejaillir un espoir impossible à éteindre. · C.G.

En salles le 16 mars.

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LE MONDE D’HIER

Dans cette fiction pleine de tensions, Léa Drucker campe magistralement Elisabeth de Raincy, une Présidente de la République qui ne veut pas reconduire un second mandat, mais qui est poussée à faire campagne dans cette direction lorsqu’un scandale venu de l’étranger touche son potentiel successeur, jusqu’à risquer de faire gagner l’extrême-droite… Après Nicolas Pariser, Diastème (Un Français, 2015) tente lui aussi – mais cette fois dans un versant bien plus dramatique – de comprendre ce qui se joue derrière le jeu politique, et d’en démystifier l’opacité. Par le truchement de cette cheffe d’état dont l’autorité n’est jamais remise en question mais qui doit faire face à des épreuves intimes, il nous ouvre l’antichambre des décors dorés de l’Elysée. A la veille des (vraies) élections présidentielles, son film alerte aussi sur les menaces qui nous guettent. · J.L.

En salles le 30 mars.

DE NOS FRÈRES BLESSÉS

 

Adaptation du prix Goncourt 2016, De nos frères blessés de Hélier Cisterne nous place en pleine guerre d’Algérie et raconte l’histoire de Fernand Iveton, un jeune ouvrier communiste indépendantiste. Incapable de fermer les yeux sur les exactions françaises commises contre la population algérienne, il rallie le FLN et accepte de placer une bombe destinée au sabotage de matériel. Pas pour tuer - « pas de morts, surtout pas de morts », dira-t-il. Juste pour provoquer une panne. Repéré avant que l’engin n’ait une chance d’exploser, il est arrêté, torturé, jugé puis condamné à mort en 1957… A travers l’histoire de cet homme, Hélier Cisterne dresse le portrait complexe de ce conflit, d’une France aux mains sales avide d’autorité, d’une résistance aux visages multiples. Loin d’être un simple commentaire historique, le film, porté par Vincent Lacoste et Vicky Krieps, questionne surtout la question d’engagement, intime comme politique. · P.Q.

En salles le 23 mars.

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