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Vu à Venise : « Spencer » le biopic fantomatique de Pablo Larraín sur Lady Di

  • Juliette Reitzer
  • 2021-09-02

Après le grandiose "Jackie" (sur la veuve Kennedy), Pablo Larrain confirme ses talents dans l’exercice périlleux du biopic. Il capture une Lady Di confinée et fantomatique, campée par une magistrale Kristen Stewart.

Quand on la rencontre, le désenchantement s’est déjà produit : Diana Spencer a rejoint la famille royale d’Angleterre depuis dix ans, et sous la frêle silhouette, il ne reste plus grand-chose de la jeune fille naïve qui rêvait d’épouser un prince. Sous un pale soleil d’hiver, le début du film nous la montre seule et perdue au volant de sa voiture, avant son arrivée dans un palais où elle doit rejoindre la famille royale pour trois jours de festivités de Noël – trois jours de supplice rythmés par un protocole cadenassé.

Tout est mortifère dans ces lieux, et le film a presque des airs de film d’horreur - membres de la royauté comme momifiés (on les voit d’ailleurs très peu), couloirs glacials hantés par le fantôme d’Anne Boleyn (qu’Henri VIII fit décapiter pour épouser une autre femme), valets qui déambulent tels des pantins désincarnés. Diana, elle, tente en vain de s’échapper (sublimes scènes nocturnes dans le parc embrumé) et semble se consumer dans une détresse teintée de cynisme qui s’exprime dans de terribles scènes de boulimie.

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Kristen Stewart est stupéfiante dans le rôle de cette princesse toute en absences, douleur et rage contenue. Elle-même, de plus en plus mince à chaque nouvel essayage de robe, ressemble à une apparition spectacle, comme si sa mort prochaine s’était déjà produite. Celle-ci plane sur tout le film : quand la voiture de la princesse croise un tracteur qui, par le truchement de la perspective, semble la percuter ; quand Diana traverse, lentement, le salon vide jonché d’emballages de noël scintillants ; quand Larrain la filme à sa fenêtre, bras nus, dans la pale lumière d’hiver, entourée des rideaux blancs comme d’un linceul. Il faut saluer le travail de la chef opératrice française Claire Mathon, sublime.

Mais Diana est encore en vie. Jackie était un grand film sur le storytelling, qui racontait comment l’épouse du président assassiné avait pris en main et écrit son histoire publique et médiatique. Ici, Pablo Larrain donne à voir une figure opposée : la tragédie de Diana, c’est d’être incapable de jouer un rôle. Vivante parmi les morts, elle passe le film à vouloir se mettre à nu, en quête de vérité. Elle se confie avec une impudeur provocante aux employés du palais, elle refuse de porter les tenues qu’on lui a assignées et défie le protocole en arrivant systématiquement en retard (litanie oppressante de valets frappant à sa porte) dans une forme de résistance passive qui force le respect.

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Quand on lui reproche de s’être déshabillée sans tirer ses rideaux - les paparazzi auraient pu la voir -, elle répond, entre autres réparties assassines : « Ils veulent peut-être voir les choses comme elles sont vraiment ». Et dans les plus belles scènes du film, sa détermination et sa spontanéité viennent rallumer les espoirs d’un futur heureux – avec ses deux fils pour un jeu de rôle nocturne éclairé à la bougie, avec sa seule amie le temps d’une échappée sur la plage ou dans une très belle scène de danse avec la petite fille qu’elle était – la Diana Spencer du titre. Le film le rappelle : il est basé sur une histoire vraie, et c’est à l’issue de ces trois jours enfermés que Diana décidera de quitter le prince Charles.

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