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CANNES 2023 · « Il pleut dans la maison » de Paloma Sermon-Daï : tendre fraternité

  • David Ezan
  • 2023-05-20

Après deux documentaires remarqués, Paloma Sermon-Daï investit le cinéma de fiction avec un même goût de l’instant. Elle immortalise surtout deux personnages sublimes, frère et sœur à l’écran comme à la ville, dans un coming-of-age présenté à la Semaine de la critique.

Dans son documentaire Makenzy (2017), Paloma Sermon-Daï filmait le quotidien d’un pré-ado aux faux airs de P’tit Quinquin belge ; un moment de grâce voyait d’ailleurs le jeune Makenzy batifoler avec sa grande sœur Purdey. Dans la continuité de cet essai documentaire, Il pleut dans la maison prend des nouvelles de ce duo grandi. Et les initie à un projet de fiction qui n’en semble pas un, a priori basé sur la vie de personnages qu’on appelle aussi Makenzy et Purdey. Frère et sœur livrés à eux-mêmes dans la ruralité wallonne, ils multiplient les combines pour ne pas sombrer dans la misère et l’ennui. On pourrait y voir un énième coming-of-age façon chronique d’un été, comme on en produit beaucoup. Ce serait ne pas saisir la profonde singularité de ce film-là, qui atomise la dramaturgie classique et creuse à même la fiction une vérité documentaire. C’est que la cinéaste a elle-même grandi dans la campagne wallonne, quand Makenzy et Purdey sont en réalité des membres de sa propre famille. Vision de cinéma : chez Paloma Sermon-Daï, territoires et personnages préexistent à la fiction. Les acteurs sont non professionnels et les situations nourries par l’expérience, sans que jamais l’artifice ne vienne en troubler l’authenticité.

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Loin d’une structure faussement dialoguée, le film se met ainsi au diapason d’une existence comme autant d’instants fugaces à immortaliser – une baignade, un vol de bicyclette, un rendez-vous professionnel ou amoureux... Peu étonnant qu’Emmanuel Marre soit intervenu à l’écriture, tant on y retrouve le souci du réel et le sentiment d’urgence qui animaient Rien à foutre l’an dernier. Ancré dans cette « nouvelle vague » aux allures néoréalistes, Il pleut dans la maison réinvente aussi le cinéma social. C’est qu’il s’agit de libérer – on pourrait dire d’émanciper – ses personnages de la fiction, qui aurait sans doute viré ici au mélo poussif. Ceux de Paloma Sermon-Daï sont au contraire les forces vives d’un film qui paraît s’inventer, voire s’improviser à chaque scène. Et tire une puissance inattendue de ce récit anti-conflictuel, qui bouleverse en toute modestie. Au milieu : deux sublimes personnages, frère et sœur « pour de vrai » dont la cinéaste célèbre la complicité naturelle et l’ardent désir de bonheur.

Le Festival de Cannes se tiendra cette année du 16 au 27 mai 2023. Tous nos articles sur l’événement sont à suivre ici.

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