
Au cinéma, et en particulier dans le cinéma d’horreur, la maison peut souvent donner une forme aux peurs, aux angoisses et à l’intériorité de ses héroïnes.
Dans Mister Babadook par exemple, on suit la lutte d’une mère avec un monstre inquiétant, alors qu’elle est encore hantée par la mort de son mari. Et la réalisatrice Jennifer Kent a raconté avoir conçu ce décor comme une extension de l’intériorité de son héroïne. Elle utilise alors des couleurs froides et sombres pour signifier le chagrin de cette mère et on peut aussi voir dans le sous-sol effrayant, la métaphore d’un inconscient où la douleur reste enfouie.
Racines gothiques
Cette idée de faire de la maison une manifestation de la subjectivité d’une héroïne, on la retrouve sous différentes formes dans Répulsion (1965), Mother! (2017) ou même La proie de l’ombre (2020).
Mais ces maisons ne racontent pas uniquement ce qu’il se passe dans la tête des héroïnes, elles racontent aussi ce qu’on leur fait subir. Et cette association entre espace domestique, souffrance et enfermement trouve ses racines dans la littérature et le cinéma gothiques.

Dans sa nouvelle Le Papier Peint Jaune (1892), l’autrice Charlotte Perkins Gilman raconte l’enfermement d’une femme que son mari médecin empêche d’écrire et de travailler, après la naissance de leur enfant. Elle finit alors par se convaincre que d’autres femmes sont coincées derrière la tapisserie des murs de sa chambre. Ici, l’image de la maison hantée devient pour l’autrice une manière de dénoncer l’aliénation domestique des femmes, prises au piège par leur époux dans leur propre foyer.
Quelques décennies plus tôt, dans Jane Eyre (1847) de Charlotte Brontë, les événements étranges dont l’héroïne est témoin à Thornfield dissimulent un secret tragique : celui de Bertha, une femme maintenue captive par son mari dans une pièce sous les combles.

Ce personnage inspirera plus tard l’essai féministe La Folle dans le grenier de Sandra Gilbert et Susan Gubar. Et dans son ouvrage Sortir de la maison hantée, Pauline Chanu interrogera à son tour la manière dont ces étiquettes de “folles” et “hystériques” contribuent à masquer les violences subies par les femmes.

Rebecca, écrit par Daphné du Maurier en 1938 puis adapté au cinéma par Alfred Hitchcock en 1940, propose une variation sur le rapport entre souffrance féminine et maison hantée. On suit l’histoire d’une femme qui vient d’emménager avec son nouveau mari et qui sent sa nouvelle demeure comme hantée par la première épouse de ce dernier, décédée dans des conditions mystérieuses…
Cet héritage gothique continue d’infuser les récits contemporains, notamment chez Guillermo del Toro qui reprend cette idée d’une demeure hantée et de fantômes qui viennent prévenir une femme du danger dans Crimson Peak (2015).
Foyer menaçant
Mais le thriller domestique contemporain réactive aussi ces motifs pour dénoncer plus directement les violences conjugales. C’est le cas notamment dans Invisible Man (2020) dans lequel une femme fuit son compagnon violent. Celui-ci simule alors sa mort et utilise une technologie pour devenir invisible et continuer à la terroriser et à la faire passer pour instable.
Ce procédé de discréditation est aussi au cœur de La femme de ménage (2025), où un mari va même jusqu’à utiliser son grenier comme une véritable salle de torture tandis que son épouse est perçue comme “folle”.

Si dans ces nouvelles maisons hantées les fantômes disparaissent, le foyer lui, reste bien un lieu menaçant où les femmes doivent affronter seules les violences.
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