
Encore récemment, Elizabeth Holmes était « juste » une femme d’affaires condamnée pour escroquerie, largement inconnue du public français. Aux États-Unis, son entreprise Theranos et la machine d’analyse sanguine frauduleuse qu’elle a mise au point ont fait d’elle une paria, particulièrement détestée depuis son procès et la sortie de The Dropout, une série qui lui est dédiée et où elle apparaît sous les traits d’Amanda Seyfried.
Mais depuis septembre dernier, toutes les certitudes de millions de spectateur·ices volent en éclats (les séances affichent complet partout, le film a déjà rapporté plus de 45 millions de dollars et s’impose comme l’un des documentaires les plus rentables de l’histoire). Nathan Fielder, maître du high concept et de la cringe comedy, dévoile trois heures de documentaire filmées durant les trente jours précédant son incarcération en 2023.
Jusque dans sa manière de filmer en très gros plans, il essaie de comprendre ce qui se passe derrière ces gros yeux bleus. Elizabeth Holmes est-elle en train de le séduire et de l’arnaquer lui aussi en le persuadant qu’elle est innocente, ou est-elle en plein déni ? Est-elle totalement irresponsable, ou alors neuroatypique (elle dit n’avoir jamais menti de sa vie, ne saisit pas une situation comique basée sur un jeu de mots, etc.) ?

Sans dévoiler les tenants et aboutissants de la rupture formelle et méta qu’offre la deuxième partie du film, le film se poursuit après son incarcération. En l’absence de réponses convaincantes aux premières questions posées, Fielder, qui est présent à l’écran, continue d’enquêter auprès du mari d’Elizabeth Holmes et par des appels téléphoniques à la prison où elle est incarcérée.
Le film s’épaissit alors de plusieurs nouvelles couches documentaires, qui placent Fielder à équidistance de la fiction et du documentaire, et pointent l’incapacité des deux formes à approcher la vérité de cette femme. De nombreuses questions restent d’ailleurs sans réponses, dont certaines très inconfortables quant à la non-assistance de l’équipe du film face à une femme potentiellement sous emprise (à moins qu’il ne s’agisse encore de manipulation ?).
Expérience déroutante, You Can See Everything perturbe même après sa fin, puisque le cas Holmes semble loin d’être conclu (Fielder continuerait de recevoir des appels). Et la réalité des faits reste loin d’être cernée.
You Can See Everything, sortie le 30 décembre
