Sandra Bullock est-elle le vrai visage des années 1990 ?

Alors que l’actrice américaine fait son grand retour dans « Les Ensorceleuses 2 », son charme inimitable nous renvoie aux meilleurs moments des années 1990. Et nous invite à en tirer des leçons pour redonner de l’élan aux productions actuelles.


practical magic 2 sandra bullock

La première fois que Sandra Bullock apparaît sur un écran, nous sommes en 1987. L’actrice, alors âgée de seulement 23 ans, tient un petit rôle dans un thriller aux allures de téléfilm intitulé Hangmen. Sur les images, on la retrouve déjà telle qu’elle restera ensuite à jamais gravée dans l’imaginaire collectif : engoncée dans un sweatshirt trop grand pour elle, les cheveux en pagaille, un sourire malicieux sur le visage. Sandra Bullock ne le sait pas encore, mais elle est sur le point de devenir l’une des plus grandes vedettes des années 1990, et le visage d’une période qui continue de fasciner les spectateurs du monde entier, toutes générations confondues.

Une étoile est née

Avant d’accéder à la gloire, l’actrice enchaîne les projets avortés et les rôles secondaires, et c’est seulement avec Demolition Man, un thriller dystopique signé Marco Brambilla, qu’elle sortira réellement de l’ombre en 1993. Dans un personnage assez éloigné de ceux qu’elle interprétera par la suite, la jeune femme incarne une policière du futur et apporte à ce film d’action musclé un contrepoint humoristique qui deviendra par la suite sa marque de fabrique.

Après Speed, un autre film policier à succès aux côtés de Keanu Reeves, Sandra Bullock est repérée par Jon Turtletaub, le futur réalisateur de la comédie romantique While You Were Sleeping. Le rôle féminin principal du film ayant déjà été refusé par la sainte trinité de la romcom (Julia Roberts, Meg Ryan, Demi Moore — que Turtletaub estime « trop jolie » pour le rôle), c’est finalement Bullock, encore novice dans ce domaine, qui décroche le job. « Sandy avait ce charme débordant qui la rendait complètement irrésistible », se souvient le réalisateur. « Dès qu’elle a quitté la salle [du casting], Joe Roth [le producteur, ndlr] s’est levé et a dit : “C’est elle” », peut-on lire dans un article du Washington Post.

En dépit du scénario plus que bancal (une femme se fait passer pour la fiancée d’un inconnu dans le coma), la candeur désarmante de Sandra Bullock emballe la critique et lui ouvre les portes des Golden Globes. « Il n’y a pas tant d’acteur·ices qui nous sont vraiment sympathiques au cinéma », écrira à son sujet le célèbre critique Roger Ebert. « Marilyn Monroe en faisait partie […] et c’est pour cela qu’elle a perduré dans notre mémoire. […] Sandra Bullock pourrait bien en être, elle aussi. »

La girl next door idéale

Roger Ebert n’est pas le seul à trouver l’actrice excessivement aimable. Bien que Sandra Bullock continue de toucher à tout (films à procès, drames historiques, thrillers, SF et même horreur), c’est dans les rôles d’amoureuses — maladroites, impulsives, chaotiques — que la comédienne s’impose. Pendant près de quinze ans, elle enchaîne les comédies romantiques, de Miss Congeniality, où elle incarne un agent du FBI en plein relooking, à The Proposal, qui la voit promue au rang de boss tyrannique en couple avec son assistant.

Dans les stéréotypes féminins alors en vigueur à l’écran — la princesse sophistiquée (Cameron Diaz), la cool girl (Julia Roberts), la femme fantasque (Meg Ryan) —, Sandra Bullock se taille un chemin (et une chevelure) inédit(e), quelque part entre sarcasme, gaucherie et pragmatisme.

Loin du glamour hollywoodien (elle n’est d’ailleurs le nepo baby de personne), elle n’a pas peur de grogner inélégamment quand elle rit, préfère le confort au chic, et parvient à cultiver son image de femme comme les autres, devenue célèbre presque par hasard.

« C’est rare de trouver une actrice de premier rang qui se déplace sans sa cour, ou sans un publiciste à proximité », soulignait ainsi le magazine Texas Monthly en 1998. « Mais tous les gens qui ont croisé Bullock ont remarqué son absence de prétention. » « Tu as toujours eu les pieds sur terre », note pour sa part son amie et collègue Nicole Kidman. « C’est ton super pouvoir. Tu es complètement toi-même, authentique, réelle, et je pense que c’est pour ça que tout le monde t’aime. »

Nostalgie de l’imperfection

Ce talent pour l’ordinaire permet à l’actrice de subsister en dépit d’échecs commerciaux cuisants, car si les projets romanesques qu’elle choisit ne sont pas toujours un succès critique, ils accèdent presque tous au statut de film culte. Ainsi, bien qu’il ait au départ été lapidé par la presseLes Ensorceleuses (Practical Magic en V.O.), le long-métrage de Griffin Dunne où Sandra Bullock interprète une sorcière aux côtés de Nicole Kidman, a progressivement trouvé le chemin de la postérité. « Quand le film est sorti, on a été complètement éviscérées », se rappelle l’actrice. « Les critiques étaient cinglantes. “Combien de femmes faut-il dans un film ?”, “Combien d’émotions peut-il y avoir dans un film ?” (…) Et puis, il a pris son envol. » Une jolie trajectoire, qui a permis à Les Ensorceleuses de bénéficier d’une suite cette année, près de trente ans après sa sortie.

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Les Ensorceleuses 2

Sur les réseaux sociaux, l’adoration portée au film rappelle par ailleurs que, plus qu’une bonne actrice, Sandra Bullock est aussi l’incarnation des meilleurs aspects des années 1990. Son jeu sans prétention, qui évoque l’optimisme d’une époque prospère et apaisée, lui permet de briller par sa sincérité, une qualité qui, à l’heure des réseaux sociaux et des vies soigneusement mises en scène, commence à manquer cruellement au public d’aujourd’hui.

La preuve de cet intérêt renouvelé pour les personnalités brutes des comédiens ? Le succès imprévu de la comédienne Inde Navarrette dans le film d’horreur Obsession, louée pour son expressivité rafraîchissante, ou celui, tout aussi fulgurant, d’Ella Rubin, l’actrice principale de la série Sterling Point. Rapidement comparée à (vous l’aurez deviné) Sandra Bullock, en raison de son énergie anxieuse, de son charme brut et de son abondante chevelure brune, la jeune femme de 25 ans partage avec son aînée le goût de la complexité émotionnelle, des ratés et du sens commun (les deux actrices se décrivent d’ailleurs elles-mêmes comme des « types A »).

« Mort à la nonchalance », proclamait cette année Rubin, qui cite aussi la comédie romantique Joue-la comme Beckham comme l’un de ses films préférés. « À quoi ça sert ? (…) Dans les films qu’on regardait en grandissant, les gens faisaient de grands gestes romantiques et se ridiculisaient. J’ai envie de voir plus de gens se désirer à l’écran. » Une phrase qui fait étrangement écho aux récentes confessions de Sandra Bullock en personne, qui n’a jamais perdu son sens de la répartie. « Certaines personnes militent pour le retour du sexy », lâchait-elle. « Moi, je dis qu’on va faire revenir l’humour. Qui a besoin d’être sexy ? C’est trop de travail. » Amen.