
Elle nous confie qu’elle aurait voulu « faire comme Chris Marker » : cultiver le mystère sur son identité. Il faut dire que son œuvre est tout aussi inclassable, hantée cependant par un même décor, Vitry-sur-Seine, où sa famille déménage pour fuir la dictature chilienne. « Pour mes parents, c’était comme un décor de science-fiction. Un autre futur devenait possible », affirme Tohé Commaret, dont la famille descend d’un peuple aux croyances animistes.
Une « perception magique du monde et des objets » qu’elle partage avec son grand frère, Grichka, devenu artiste peintre. Et qui a façonné son imaginaire onirique où Vitry apparaît « moins comme un territoire social » qu’un paysage mental. En témoigne son film Because of (U), d’abord présenté à la Berlinale 2025, où une jeune fille en fleurs encaisse les reproches de son compagnon toxique avant d’errer le temps d’une rêverie hallucinée. Écrit après une relation difficile, ce long met en scène sa propre cousine Emma, qui est de tous ses projets : « Je ne travaille qu’avec des proches », glisse la cinéaste. Soucieuse de préserver son intégrité, elle consent à réaliser des clips – dont celui de la chanson « Take Me by the Hand »pour Oklou – lorsqu’ils répondent à sa sensibilité, entre musique ambient et langueur à la Tsai Ming-liang.
Mais c’est également d’une certaine prédation qu’elle tient à se préserver. « Je me rends compte que je filme très peu d’hommes », déclare en riant celle dont beaucoup d’amies sont travailleuses du sexe et qui fut longtemps strip-teaseuse. À y voir de plus près, les hommes sont en effet absents ou hors champ dans ses films hybrides, dont la tension sourde traduit à n’en pas douter la naissance d’une artiste sans concession.