La Sextape · « Hurlevent », un film avec un teaser qui tease

Journaliste cinéma et animatrice du Cercle sur Canal+, Lily Bloom nous parle du teaser d’« Hurlevent », d’Emerald Fennell : entre première impression et décryptage.


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J’ai tendance à redouter les bandes-annonces, tant leur forme actuelle révèle parfois le film tout entier. Mais celle de “Hurlevent”, le film de la redoutable Emerald Fennell, est venue raviver la brûlure vive de l’âme, ressentie à la lecture des Hauts de Hurlevent.

J’ai eu une passion dévorante et secrète pour ce livre, une sorte de lien viscéral, archaïque avec les mots d’Emily Brontë. J’ai reconnu cette brûlure devant le teaser du film (le verbe «to tease » convient mieux pour rendre cette sensation, il signifie « taquiner », mais aussi « aguicher »), tout en étant horrifiée par son côté publicitaire. Comment ose-t-elle balancer du Charli XCX sur « mes » landes balayées par le vent, appâter la génération TikTok avec sa dark romance stéréotypée ? Quelle idée d’avoir confié les rôles principaux aux deux sex-symbols les plus marketés de Hollywood, Margot Robbie et Jacob Elordi ?

Je l’ai dit plus haut, Emerald Fennell est redoutable, brat, provocatrice. Alors, j’ai regardé à nouveau la bande-annonce, en faisant des arrêts sur image. Sous les kilos d’allusions sexuelles tapageuses (bouche humide entrouverte, ongles qui s’enfoncent dans un mur ayant la texture de la peau), j’ai découvert des symboles surréalistes : un motif de homard sur une robe blanche, des mains qui sortent des murs comme dans les films de Jean Cocteau. Et si tout cela était mû par une dynamique propre aux rêves ? Oui, il y a quelque chose qui « cloche » avec cette Margot Robbie en reine de bal scintillante, mi-Sissi mi-Carrie au bal du diable.

Deux styles vestimentaires–régence et victorien – qui laissent sous-entendre qu’elle ne joue peut-être pas Catherine, mais une héroïne victorienne qui se laisse engloutir par ses fantasmes à la lecture du roman de Brontë. Ce qui pourrait expliquer deux éléments qui font scandale : le fait d’avoir donné ce rôle à une actrice de 35 ans et celui d’avoir choisi Jacob Elordi pour interpréter un bohémien à la peau sombre. Après tout, en lisant un livre, on plaque les visages des personnes qui nous entourent. Margot Robbie joue peut-être une femme qui a trouvé, comme moi, une liberté dangereuse, radicale, à la lecture de ce roman. Le titre original est d’ailleurs écrit entre guillemets. Un film sur les recoins sombres du désir, qui sort pour la Saint-Valentin, comme un pied de nez ? Chez la réalisatrice de Saltburn et Promising Young Woman, il est toujours question de vengeance spectaculaire. Seule certitude, le teaser m’a teasée : j’irai voir ‘‘Hurlevent”.

« Hurlevent » d’Emerald Fennell, en salle le 11 février, Warner Bros (2 h 16)