
L’art contemporain serait-il à nouveau en odeur de sainteté ? Ou le sacré serait-il en train de revenir en force dans nos sociétés ? Quoi qu’il en soit, ce double bill au Grand Palais replace le clocher au milieu du village. Emblème d’un renouveau figuratif, la peinture haute en couleur de Claire Tabouret demeure énigmatique et dépasse la seule virtuosité. Installée à Los Angeles, l’artiste réinvente la figure humaine à travers des scènes du quotidien, baignées d’un halo quasi surnaturel.
Derrière les postures figées de ses autoportraits ou de ses rassemblements d’enfants qui vous scrutent naît un sentiment ambivalent, entre félicité et intranquillité. La peinture de Tabouret joue – si l’on peut dire – sur tous les tableaux : à la fois naturaliste et fantasmagorique, intimiste et métaphysique. Aucune toile en vue dans cette exposition, mais pléthore de maquettes grandeur nature et d’esquisses préparatoires pour les six vitraux destinés à Notre-Dame de Paris. Un projet confié par le ministère de la Culture, en collaboration avec les maîtres-verriers de l’atelier Simon-Marq. Non sans polémique, ils remplaceront en décembre 2026 les baies d’Eugène Viollet-le-Duc, pourtant épargnées par l’incendie de la cathédrale. Si Tabouret ne fait pas mystère de ses influences – Henri Matisse, Françoise Pétrovitch, Nina Childress –, les contraintes de la commande l’ont incitée à renforcer son tracé et à tempérer sa palette, flirtant d’ordinaire avec le fluo.
À l’autre bout de la nef, Eva Jospin érige des hauts-reliefs en ruine et des forêts troglodytes bâties en carton – agrégé, sédimenté, stratifié. Dans ces assemblages monumentaux, l’architecture prolifère comme un végétal, le minéral dialogue avec le textile, la broderie devient volume. Ces sanctuaires sans âge, semblables aux vestiges d’une civilisation traversée en songe, paraissent figer un inconscient collectif : celui des mythes et des contes, des ravages de la guerre et des strates les plus archaïques de notre mémoire.
« Eva Jospin. Grottesco » et « Claire Tabouret. D’un seul souffle », au Grand Palais, jusqu’au 15 mars
