Et toi, tu veux faire quoi, quand tu seras plus grand ?

●● Où est-ce qu’on se marre ce mois-ci ? ●● Les recos de Renan Cros, journaliste culture et présentateur du Cercle séries sur Canal+.


Louis Cattelat

À cette question, j’ai toujours répondu la même chose : « critique de cinéma ». La première fois, je devais avoir 8 ans. C’est sûrement à ce moment-là que ma mère s’est dit que ce gosse ne tournait pas rond. Parce qu’à cet âge-là, on veut être pompier, vétérinaire, astronaute ou gagner la Star Academy (les enfants n’ont peur ni du danger ni de Nikos Aliagas, c’est bien connu). Moi, je voulais juste voir des films. Mieux, être payé pour y aller, et dire ce que j’en pensais. Ça me semblait un plan rudement bien pensé. C’était, évidemment, avant que je découvre les mots « pigiste », « junket », « deadline » et les « comédies françaises avec Didier Bourdon ». Mais, honnêtement, aujourd’hui, j’ai beau chercher, je ne sais pas ce que je saurais faire d’autre.

Critiquer et parler de moi. Voilà, c’est tout ce que je sais faire. Talents d’autant plus précaires que tout le monde en use. Gratuitement. Moi, en cas de fin du monde, je peux vous dire comment Tom Cruise fait dans les films. Pas plus. Pas sûr que ça fait de moi une personne prioritaire sur la liste des survivants à emmener sur une autre planète. Après, chacun son talent.

Moi, dans les dîners, je peux répondre à la question : « Sinon, il y a quoi de bien au ciné en ce moment ? » Encore faut-il qu’on m’invite à des dîners. Louis Cattelat, lui, a un talent rare. Il n’a pas l’air de son humour. Un sourire angélique et les vannes du diable. Partout où il passe, il impose son rythme. Un ton très calme, qui sait manier les silences. Une façon de faire de l’élégance, la politesse d’un humour qui cogne. Comme un danseur étoile qui serait aussi un as de l’uppercut. Chaque semaine, il débarque à l’émission Quotidien pour « 4 minutes » et quelques d’antipromo, un roast, comme on dit. Une façon de faire monter la température du plateau en ne caressant plus les invités dans le sens du poil. L’exercice est si périlleux, et lui, si serein, qu’on retient son souffle. Chaque vanne tient du salto sur trapèze en feu. Et, tout ça, sans perdre le cap queer et engagé de son humour.

Perrine Baron, elle, pratique la cascade littéraire en partant de nos angoisses. Son livre On ne badine pas avec la mort est un petit précis de tout ce qui ne devrait pas faire rire. Et, pourtant. La professeure de français regarde nos cadavres en face, avec la vanne façon couronne mortuaire. Elle a beau ne rien nous épargner – des différentes étapes d’un passage sur le billard du croque-mort à l’art de la décomposition sous terre jusqu’à l’angoisse d’être enterré vivant –, on rit. Car l’autrice écrit : « La mort, c’est la vie. » Et c’est parce que ça nous fait peur, parce que c’est interdit d’en rire, que ce petit livre fin et érudit prend un malin plaisir à nous faire pouffer. Pas sûr qu’en cas de fin du monde, Perrine Baron et Louis Cattelat seraient d’une grande utilité. Mais une chose est sûre, avec eux, la catastrophe aura du panache.

Arecibo de Louis Cattelat, à la Maison des métallos, du 13 au 15 janvier

On ne badine pas avec la mort de Perrine Baron (Actes Sud)