Le cinéma noir, intense et énigmatique d’Henri-Georges Clouzot n’a pas fini de faire cogiter les artistes, en témoigne l’exposition « Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine », actuellement en cours à la Topographie de l’art : plusieurs artistes contemporains y dévoilent des œuvres inspirées par la vision sombre et paranoïaque du cinéaste français, connu pour ses personnages de femmes vengeresses ou son goût pour le twist cynique. On leur a demandé ce qui les a interpellé chez le réalisateur diabolique.


Franck Perrin #01, Mouth, 2017, Série Panoramic Obsessions_preview

Frank Perrin, #01, Mouth, 2017,  Série Paranomic Obsessions

« Clouzot est pour moi – et définitivement – le plus artiste des metteurs en scène du XXème siècle. J’ai été inspiré par le faisceau des obsessions qui traversent son œuvre (le corps, l’argent, la jalousie, la possession, le fantasme). Son innovation, aussi : il a toujours poussé à l’extrême son univers cinématographique. C’est également son goût du risque qui m’a marqué : sans jamais s’enfermer dans un genre, je crois qu’il tenait, au péril de son équilibre artistique, à renouveler sans cesse son langage. »

Aurélie Dubois, Image du film tiré en diasec, 2017, 30x40cm

Aurélie Dubois, Image du film tiré en diasec, 2017, 30x40cm

« Clouzot a toujours incorporé des pièces d’artistes qui lui sont contemporains suivant la thématique SM, comme Hans Bellmer, qui a travaillé sur la poupée, l’expérimentation, la fragmentation, la lumière. À mon tour, dans cette œuvre reconstituée, j’assemble des morceaux du film La Prisonnière et des morceaux de mon corpus personnel. Dans l’installation que je réalise pour cette exposition, je montre un ensemble de photomontages en lien avec une scène du film, celle où le dominant, Stanislas, baisse sa garde, avec Josée, sa soumise, pour vivre un amour qui s’attache aux archétypes du romantisme occidental. Au fond, ce qui m’intéresse – et ce qui est tangible dans les films de Clouzot -, c’est le sentiment douloureux d’impuissance au contact des autres, mais aussi dans son rapport à soi-même. »

François Boisrond, dessin préparatoire pour performance peinture - inspiration d'une scène des Diaboliques (3)_preview

François Boisrond, « Dessins préparatoires pour performance des Diaboliques », Inspiration d’une scène des Diaboliques

« Dans l’œuvre sombre de Clouzot, et surtout dans Les Diaboliques (1954), il y a plein de vrais ou de faux cadavres. Cela me rappelle des postures, des compositions qui appartiennent à l’histoire de l’art, comme les dessins de gisants qui dialoguent avec des scènes du film. J’amène aussi mon atelier dans l’exposition car le lien entre mon travail et Le Mystère Picasso tient avant tout à la matière. Je ne peindrai pas en direct [dans le film, Clouzot place sa caméra derrière les toiles de Picasso, qui utilisait alors des feutres traversant le papier, ndlr], mais on voit tous mes outils numériques, mes palettes, mes fines couleurs, tous les « mystères » de ma propre cuisine. »

Alexandra Mas, Elles, Animation 360°. Réalité virtuelle (1)_preview

Alexandra Mas, Elles, Animation 360°. Réalité virtuelle

« En 2015, j’ai exposé “Préconçue” et j’avais déjà été inspirée par une oeuvre de Clouzot, La Vérité. Mon travail sur l’identité féminine a trouvé tout de suite des résonances chez le pionnier des premiers rôles féminins dans le cinéma français, lui-même se posant cette question éternelle de ce qu’est la féminité, dans son versant le plus sombre, comme le plus merveilleux. J’ai donc naturellement eu envie d’aborder le sujet des femmes clouziennes et, avec l’ingénieur Jorge Reinoso, nous avons conçu une animation VR d’une durée d’environ 3 minutes, qui donne  une vision presque aérienne de l’œuvre de Clouzot. »


« Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine »
Jusqu’au 12 janvier à la Topographie de l’art