Si Mariana Otero fait du mouvement citoyen Nuit debout (né en réaction à la première loi Travail, au printemps 2016) le décor unique de son nouveau documentaire, on aurait tort d’y chercher un cinétract pour autant. Placé à distance raisonnable des querelles partisanes, L’Assemblée ne décrit pas le combat des idées, mais celui, moins contingent quoique tout aussi volatile, de la parole. De l’attention silencieuse des foules, idéalement canalisées par un code fait de petits gestes, aux commissions scrupuleusement régies par un ordre de passage, Otero survole le ronron des débats pour mieux porter son attention sur ce qui y préside: le laborieux cheminement d’un verbe citoyen, dans un cadre d’autant plus indifférent à son contenu qu’il ne fait rien pour le protéger, entre les bourdonnements de la circulation et le ratiboisage de ses frêles estrades sur ordre du préfet de police. La beauté du film tient beaucoup à la simplicité de son propos rappelant que sous les cendres des lendemains qui chantent se cachent parfois de plus discrètes révolutions, comme celle d’avoir su libérer une parole publique des palais de l’institution où elle est habituellement confinée.


de Mariana Otero
Épicentre Films (1 h 39)
Sortie le 18 octobre