Avec Puzzle, un quatrième album qui signe les 10 ans de carrière des BB Brunes, le groupe sonne plus pop, moins rock, mais surtout plus mature. On a eu envie de vérifier si les goûts cinématographiques du chanteur étaient du même acabit que ses chansons à la sensibilité toujours furieuse et exaltée.


Tes trois films préférés ?
Paris Texas de Wim Wenders. C’est un film que j’aime revoir souvent, j’adore la photo et puis il y a Nastassja Kinski… Les 400 coups de François Truffaut. J’aurais pu aussi choisir Baisers volés ou Jules et Jim mais, dans celui-là, le côté cancre du personnage de Jean-Pierre Léaud me parle pas mal. La Dolce Vita de Federico Fellini, un film d’errance extrêmement gracieux. Je m’identifie un peu au personnage de Mastroianni. Moi aussi j’aime bien passer des nuits blanches un peu chaotiques.

Trois films qui pourraient décrire l’ambiance de votre nouvel album ?
Scarface de Brian de Palma pour la véhémence et l’insolence. Certains riffs de guitare pourraient faire penser à Tony Montana en train de s’énerver. 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick pour le côté lunaire et épique. Il y a beaucoup de synthétiseurs, qui nous plongeraient presque dans l’espace pour une aventure grandiose. Un Chien Andalou de Luis Buñuel et Salvador Dali pour l’onirisme. Dans mes textes, on ne comprend pas forcément tout de suite de quoi je parle, il y a des doubles-sens, des jeux de mots, on se réfugie dans un imaginaire un peu surréaliste.

Trois voix d’acteurs ou actrices ?
Jeanne Moreau lorsqu’elle chante « Le Tourbillon de la vie » dans Jules et Jim : j’aime son côté éternelle fumeuse, un peu cassé. Ensuite, Marlon Brando dans Le Parrain. Puis Audrey Hepburn dans Breakfast At Tiffany’s parce que j’adore « Moon River », la chanson d’Henri Mancini. J’aurais beaucoup aimé l’écrire.

Un film que tu arrêtes au bout de trois minutes ?
Solaris d’Andreï Tarkovski. Le film m’intrigue mais je n’ai jamais réussi à le finir. Le sommeil… Pourtant j’aime bien les films contemplatifs. Je devrais le regarder le matin, avec un gros café.

Trois personnages de films dont tu pourrais tomber amoureux ?
Jane Birkin dans La Piscine de Jacques Deray parce qu’elle a une certaine fragilité. Romy Schneider dans César et Rosalie de Claude Sautet pour son côté femme-enfant. Et Pénélope Cruz dans Volver de Pedro Almodovar : c’est la brune ténébreuse, avec un tempérament sanguin. Elles incarnent assez bien les trois types de filles qui me plaisent.

Trois films que tu regardes quand tu as du vague à l’âme ?
Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, L’Été meurtrier de Jean Becker et Le Ballon rouge d’Albert Lamorisse. Ce sont les trois derniers films que j’ai regardé en étant un peu mélancolique et… ça m’a pas forcément aidé.

Trois films trop méconnus que tu aimerais faire découvrir ?
L’Incompris de Luigi Comencini, c’est hermétique au premier abord mais à la fin du film j’avais juste envie de pleurer. Le Fanfaron de Dino Risi, c’est complètement anti-cafard, il y a une vraie fureur de vivre dans ce film. Ça donne envie de partir en voyage, de faire n’importe quoi. Love Streams de John Cassavetes : je suis très sensible au côté flegmatique et hédoniste de son personnage.

Trois films que tu adorerais vivre?
La Guerre des boutons d’Yves Robert : ça me rappelle quand j’étais petit, quand je faisais des batailles de marron au Parc Montsouris. J’ai envie d’être dans la bande et d’en être le chef. Fitzcarraldo de Werner Herzog : c’est plus un fantasme parce que je ne suis pas du tout aventurier et je pense que je ne tiendrais pas deux jours dans la jungle. Comme je suis assez peureux, il faudrait que je me fasse un peu violence. The Party de Blake Edwards : c’est la bonne fête qui finit bien. J’aimerais bien être l’éléphant qu’ils amènent au milieu de la soirée.

Décris-toi en trois personnages de fiction ?
Tony Manero dans La Fièvre du samedi soir : j’ai des phases où j’adore sortir, danser comme un dingue, faire mon caïd. Ça c’est mon côté festif et joyeux. Alain Leroy dans Le Feu Follet de Louis Malle. Ça c’est mon côté moins fun, il y a des fois où je suis un peu dans l’inaction et la mélancolie. Et Alvy Singer dans Annie Hall : parfois je suis complètement hypocondriaque, anxieux, et je me pose beaucoup de problèmes existentiels.


« Puzzle » des BB Brunes (Warner Music)
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