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[Compte-rendu] Ce qu’il faut retenir des Assises pour la parité, l’égalité, et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel

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Organisée le 14 novembre, la deuxième édition des assises pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel a permis au collectif 50/50 (qui a initié l’évènement), au ministre de la Culture Frank Riester, au président du CNC d’exposer des mesures ambitieuses pour lutter contre les discriminations et les violences sexistes dans le milieu du cinéma.

« Nous avons la nécessité de dé-sentimentaliser les débats pour les penser mieux, mettre notre intelligence collective et nos expertises au service d’une meilleure répartition du pouvoir. Pas seulement en commentant le monde de notre industrie, mais en œuvrant à en changer le paradigme ». C’est par un discours volontaire, traversé de bout en bout par la conviction qu’un sursaut est à l’œuvre, que Rebecca Zlotowski, cofondatrice du collectif 50/50 et initiatrice de l’événement, a ouvert la deuxième édition des Assises pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel en collaboration avec le CNC. Depuis sa création début 2018, le collectif 50/50, conçu comme un observatoire de l’égalité dans l’industrie cinématographique, s’est lancé un objectif : atteindre la parité totale d’ici 2020. Non seulement dans les conseils d’administration des institutions culturelles, mais aussi dans les groupes privés, les syndicats, les écoles de cinéma, les festivals et les jurys, afin que « la pluralité réelle de notre pays soit davantage représentée ». Avec le but également d’introduire de la diversité pour changer en profondeur les représentations, et « la certitude qu’ouvrir le champ du pouvoir favorisera en profondeur le renouvellement de la création », grâce notamment à des statistiques genrées, appliquées aux films et aux entreprises.

LA BONIFICATION PLUTÔT QUE LA SANCTION

La mesure-phare de la première édition des Assises consistait en l’instauration d’un système de bonification de 15% pour les films respectant la parité – un bonus étant remis par le CNC aux films dont les équipes ont su donner des postes importants à des femmes (chef-opératrice, monteuse). Depuis janvier 2019, 22 % des films agréés ont bénéficié d’un bonus pour avoir respecté la parité, soit un total de 29 films. Une mesure qui traduit bien la croyance du collectif 50/50 en l’incitation et à la bonification, plutôt qu’à la sanction et aux quotas. À noter également que toutes les commissions d’attribution des aides du CNC sont désormais paritaires et que 37 % des films sélectionnés dans les dispositifs culturels ont été réalisés par des femmes (contre 15 % en 2018).

Autre initiative majeure: l’élaboration d’une charte pour la parité et la diversité dans les festivals de cinéma, visant à plus de transparence sur le genre des cinéastes qui prétendent aux sélections et de rendre manifeste la composition des comités de sélection. Le but étant d’interroger l’entre-soi de ces comités de façon claire, tout en gardant une certaine souplesse. Depuis le Festival de Cannes 2018, plus de 110 festivals ont signé la Charte en France et à l’international, et une étude menée avec Creative Europe MEDIA a notamment permis de mettre en évidence la sous-représentation des femmes au sein de la critique de cinéma, qui reste un secteur masculin (sur les 611 journalistes ayant rédigé au moins une critique entre mai 2018 et avril 2019, seulement 37% sont des femmes).

NOUVEAUX OUTILS

Cette année, cette déontologie faisant office de socle commun a conduit à la mise en place de nouveaux outils pour s’attaquer à la question de la diversité. Une question épineuse puisque la législation française interdit en principe la collecte de données statistiques ethniques considérées comme discriminatoires (la loi « Informatique et libertés » de 1978 stipulant qu’il est « interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques« ), bien que des dérogations -très débattues- soient souvent accordées à des fins scientifiques. Pour respecter ce cadre réglementaire, le collectif 50/50 a mis en place une charte pour l’inclusion, insérée comme une clause dans les contrats, et qui stipule de faire appel, « pour le recrutement des stagiaires, aux associations œuvrant déjà pour la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel afin de démocratiser le cinéma français et promouvoir de jeunes artistes et technicien.e.s issus de milieux sociaux culturels variés ».

« Sur nos plateaux comme dans la vie » : dans le sillage de ce credo égalitaire, la création de la « Bible 50/50 », un annuaire en ligne (qui sera consultable à l’adresse www.bible5050.fr) de professionnels du cinéma issus de la diversité et susceptibles d’être discriminés, permettra de constituer des équipes plus paritaires et inclusives. Il servira aussi d’outil au CNC pour constituer des commissions d’attribution plus diversifiées. Les sociétés Carlotta Films, Pyramide Distribution, Haut et Court, Jour2Fête et 38 autres entreprises ont quant à elles paraphé la charte pour la parité et la diversité dans les sociétés d’édition-distribution de films et d’exploitation cinématographique, qui tend à favoriser les congés paternité et à réduire les inégalités salariales.

UNE RÉVOLUTION ANTHROPOLOGIQUE

Rebecca Zlotowski a également appelé à la création d’États généraux au CNC sur le sujet des abus sexuels sur les plateaux et des harcèlements dans l’industrie du cinéma, une démarche soutenue par la Société des Réalisateurs de films dont la réalisatrice est membre. Parmi les propositions fortes qui ont déjà été formulées: la désignation d’un référent sur chaque plateau pour lutter contre ces dérives discriminatoires et une négociation avec les assureurs du cinéma comprenant une clause qui permettra de tirer « des sonnettes d’alarme sans que la question de mettre en péril le tournage se pose ». En guise de conclusion, ce sont ces mots éclairants de Rebecca Zlotowski que l’on retient et qui planaient sur cette deuxième édition des Assises : « Autoriser des images symboliques puissantes différentes, excitantes, de nouveaux récits, c’est épouser la grande révolution anthropologique à laquelle le numérique et la démocratisation de l’outil du cinéma et de l’audiovisuel nous confrontent ».

De son côté, le président du CNC Dominique Boutonnat a annoncé des sessions de formation pour les employeurs dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel, afin de mettre en œuvre des « actions de prévention des comportements inappropriés dans les écoles, sur les tournages, dans les studios, pendant la promotion des films.” La présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a annoncé la mise en place de quotas dès 2020 pour les réalisatrices, et affirmé que le groupe inclurait dans leurs contrats une clause de diversité « pour favoriser l’inclusion sociale, et la diversité des origines sociales, culturelles ou géographiques ». Enfin, en écho direct avec les déclarations récentes d’Adèle Haenel, la directrice a expliqué qu’un « référent harcèlement sexuel sur chacun des tournages » de ses chaînes serait nommé. Parmi les mesures annoncées par le ministre de la culture Frank Riester : le versement de toutes les aides du Centre national du cinéma (CNC) qui sera « dorénavant conditionné au respect, par les entreprises qui les demandent, d’obligations précises en matière de prévention et de détection des risques liés au harcèlement sexuel ». Autre initiative-phare : l’accompagnement et le financement d’une « cellule d’alerte et d’écoute à destination des victimes de violence et de harcèlement sexuel et sexiste » dans le spectacle vivant, l’audiovisuel et le cinéma qui devrait être opérationnelle le 1er janvier 2020.

L’intégralité de la note de synthèse de cette deuxième édition des Assises est disponible juste ici.

Image : Capture d’écran de la conférence de presse d’Une Fille Facile de Rebecca Zlotowski / Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2019

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