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« Birds of America » de Jacques Lœuille : une épopée écologique engagée

  • Raphaëlle Pireyre
  • 2022-05-24

Le premier long métrage du cinéaste français Jacques Lœuille n’est pas juste la biographie d’un artiste et naturaliste du XIXe siècle, Jean-Jacques Audubon. Il prend surtout le virage d’un film engagé, qui scrute le ciel américain où les milliers d’oiseaux ont cédé la place à une intense pollution atmosphérique.

Sous une fausse identité, Jean-Jacques Audubon a gagné les États-Unis au début du XIXe siècle pour fuir les campagnes napoléoniennes. Sans un sou, le jeune naturaliste français a parcouru la Louisiane pour observer et dessiner des centaines de spécimens d’oiseaux, toujours à la recherche des espèces les plus rares. La beauté fulgurante de ses dessins, regroupés dans de pléthoriques cahiers disloqués au fil du temps, tient à ce que, contrairement aux conventions naturalistes, Audubon représente les oiseaux en action et à taille réelle. Dans sa chasse obsessionnelle, il répertorie, à l’orée de la ruée vers l’Ouest, la richesse du ciel américain avant la révolution industrielle.

Sous forme d’une lettre au « premier ornithologue du Nouveau Monde », Birds of America fait dialoguer cette figure matricielle qui prédisait déjà les extinctions de masse avec d’ultérieurs discours de résistance face à l’impérialisme des pionniers. « Si je ne fais pas ça maintenant, personne ne verra plus jamais ces êtres », affirmait par exemple George Catlin qui, au XVIIIe siècle, peignit la tribu indigène des Osages, pressentant que le gouvernement américain allait décimer les populations indiennes.

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Film de fantômes, Birds of America est hanté par les spectres des espèces animales ou indigènes disparues sous l’avancée galopante de la colonisation. De la source au delta du Mississippi, Lœuille reprend de nos jours le parcours du naturaliste, en se demandant ce qui est advenu des populations qui n’avaient pas les faveurs d’un gouvernement avide de modernité industrielle. Les yeux tournés vers le ciel, le cinéaste ne voit plus d’oiseaux, mais cherche les signes d’une pollution atmosphérique qui touche au premier chef les populations noires de La Nouvelle-Orléans, sacrifiées, comme jadis les esclaves cueilleurs de coton, à ce que ces victimes dénoncent comme un « racisme écologique ».

Birds of America de Jacques Lœuille, KMBO (1 h 24), sortie le 25 mai

Image © KMBO

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