Prix de la mise en scène à Cannes cette année, cette adaptation du roman historico-claustro de Thomas Cullinan par Sofia Coppola est un thriller étonnamment drôle, d'une beauté formelle ébouriffante.


Dans une vaste demeure, la rigide Miss Martha (Nicole Kidman, impériale) règne sur une poignée de jeunes filles et leur institutrice (Kristen Dunst), cloîtrées dans leur internat sudiste, alors que la guerre de Sécession fait rage depuis trois ans. Flânant dans le sous-bois qui borde la propriété, une pensionnaire tombe sur un soldat de l’Union blessé (Colin Farrell). Le groupe de femmes recueille alors le beau caporal, qui devient l’objet de tous leurs désirs. Soupirs lascifs, regards concupiscents, sous-entendus graveleux : Sofia Coppola illustre avec beaucoup d’ironie le désir frustré qui plane dans ce gynécée et se resserre peu à peu sur le caporal alité. Mais quand celui-ci a repris des forces, il se mue soudain en vil séducteur. Si le film s’égare sur le terrain poussiéreux de la guerre des sexes à rebondissements, on se pâme devant la science des décors et des lumières (œuvre du chef opérateur français Philippe Le Sourd) déployée. Que ce soit le jardin, jungle luxuriante et indomptable, ou la maison, éclairée à la bougie ou à la lueur du crépuscule, les espaces de ce huis clos se font tantôt cocon rassurant, tantôt piège menaçant. Depuis Virgin Suicides (1999), Sofia Coppola n’a pas son pareil pour agrémenter ses méthodiques dissections de l’ennui.


de Sofia Coppola
Universal Pictures (1h31)
Sortie 23 août