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Jacques Doillon, Germaine Dulac : ils sont dans le nouvel épisode de mk2 curiosity

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Cette semaine, on revoit un récit d’apprentissage signé Jacques Doillon et un drame de la cinéaste pionnière Germaine Dulac.

Petits frères de Jacques Doillon

Un Sac de billes (1975), La Drôlesse (1979), Le Petit Criminel (1990)… Le cinéma naturaliste de Jacques Doillon est bâti sur des drames de l’enfance – la blessure laissée par des figures d’autorité faillibles et la maltraitance, la criminalité perçue comme seule issue à la pauvreté. Dans Petits frères (1998), le réalisateur jongle entre ces déterminismes et la possibilité d’un espace d’expression permise par le langage. Un jour de dispute avec son beau-père, Talia, 13 ans, s’enfuit du domicile familial avec sa chienne pit-bull, Kim. C’est alors que Talia sympathise avec quatre garçons de son âge. Les gamins gagnent sa confiance, et lui volent la chienne afin qu’elle participe à des combats. Talia est prête à tout pour le récupérer. Violence de la rue, indifférence des adultes, joies juvéniles : Petits frères a le goût des émotions contradictoires de l’enfance, permise par un mélange de réalisme documentaire et d’envolées lyriques.

Tous les épisodes de la semaine sont disponibles sur mk2 curiosity

En allant filmer des pré-adolescents de Courtillières, cité de Pantin, Jacques Doillon donne à ces non-professionnels le pouvoir de défaire les clichés sur la banlieue. Le récit est habité par leur tchatche effrontée, moyen de survie, de délimitation d’un territoire, que Doillon cherche à décoder tout en restant à distance. En creux, ces mots âpres laissent deviner le rapport nostalgique à l’innocence perdue, remplacé par un sens de la survie effrayant. En témoigne le rythme à fleur de peau du film, la fébrilité des cadrages, les accélérations soudaines, les déplacements à répétition des personnages qui font de l’espace un terrain de jeu dangereux, un territoire de guerre. Hors-champ, Doillon désigne sans les nommer la faillite des structures sociales – école démissionnaire, police impuissante -, même s’il préfère s’attarder sur cette jeunesse qu’on a forcé à grandir trop vite. Pour compléter le visionnage de ce film initiatique, le critique de cinéma Serge Kaganski explore l’univers de Jacques Doillon dans un bonus intitulé Entretien avec Serge Kaganski à propos de Petits frères de Jacques Doillon (2004, 8’). Il y souligne la filiation du réalisateur avec Balzac, dans son désir de faire exister toute la société dans ses films.

La cigarette de Germaine Dulac

Cinéaste oubliée de l’entre-deux-guerres, Germaine Dulac a problématisé et figuré les enjeux du féminisme de manière visionnaire. Mariée de force à l’homme de lettres Albert Dulac malgré son homosexualité, elle travaille d’abord en tant que journaliste pour le magazine féministe La Française. Dès ses premiers courts-métrages (Les Soeurs ennemies, La Jeune fille la plus méritante de France), elle suggère la libération du corps des femmes par des mouvements tout en courbes. Dans La Souriante Madame Beudet, elle se moque de la vie conjugale bourgeoise, donne à voir le dégoût de son héroïne pour son mari – un point de vue subjectif hautement subversif pour l’époque, semblable au female gaze tel que certains critiques le théorisent aujourd’hui.

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Pour découvrir l’oeuvre de cette pionnière, on revoit La cigarette, sorti en 1919, dont voici le synopsis : « Lorsque M. Guérande, conservateur au musée oriental de Paris, voit sa jeune épouse prendre des leçons de golf avec un playboy, il se rend compte de la grande différence d’âge qu’il y a entre lui et sa femme. Il décide alors, pour la libérer, de se suicider, mais en laissant une place au hasard : il a empoisonné une des cigarettes qu’il a sur son bureau. » La Cigarette est le dernier film classique de Germaine Dulac, qui s’aventurera ensuite vers une esthétique plus abstraite – elle réalise en 1928 La Coquille et le Clergyman d’après un scénario d’Antonin Artaud, symphonie expérimentale. La cinéaste y oscille entre décors inspirés du symbolisme théâtral et naturalisme, et insuffle discrètement une réflexion sur la crise de la masculinité, en opposition à l’autonomie de son héroïne.

Au programme spécial kids cette semaine : La Véritable Histoire du Chat botté de Pascal Herold et Macha Makeïeff. Ce dessin-animé dont les décors évoquent le modernisme catalan de Gaudi raconte l’histoire d’un jeune meunier, qui hérite d’un étrange chat. Ce dernier parle comme un humain et semble doué de pouvoirs magiques grâce à de bien belles bottes… Ce chat baratineur, chanteur et danseur, va tout faire pour que son jeune maître, éperdument amoureux de la princesse Manon, puisse la conquérir.

Les films disponibles du 15 au 22 avril sur mk2 curiosity

Petits frères de Jacques Doillon (1998, 92’)

Entretien avec Serge Kaganski à propos de Petits frères de Jacques Doillon (2004, 8’) : bonus

La cigarette de Germaine Dulac (1919, 50’) : drame sentimental LOBSTER

La Véritable Histoire du Chat botté de Pascal Herold, Macha Makeïeff, Jérôme Deschamps (2008, 90’) : animation

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