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Guy Gilles, Jiří Menzel, Burt Gillett : ils sont dans le nouvel épisode de Curiosity

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Cette semaine, on découvre un film lyrique du cinéaste français Guy Gilles, une comédie tchèque de Jiří Menzel, tandis que Michael Haneke nous parle de La Pianiste.

Au Pan Coupé de Guy Gilles (1968, 68 minutes)

L’évasion comme quête insatiable, le départ comme refus du monde tel qu’il est : les héros révoltés de Guy Gilles sont souvent à la recherche d’un ailleurs qui crée des déserts sentimentaux. Dans ce beau film traversé par la mort et la solitude (des thèmes que le cinéaste, proche de la Nouvelle Vague, a filé tout au long de sa carrière singulière), Macha Méril se remémore son amour pour Jean, un jeune anticonformiste (Patrick Jouané) qui a largué les amarres. Sur la route, il s’est fait assassiner, mais Jeanne l’ignore, et vit dans les souvenirs de cette idylle passée…

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« Peut-on vivre d’un souvenir? » se demande Macha Méril en conclusion. La mise en scène de Guy Gilles, qui creuse le motif de l’absence pour reconstruire par indices l’image de l’être perdu, est une réponse sensorielle à ce questionnement sans fin. Tel un archéologue, le réalisateur fouille les ruines d’un amour sans cesse réactivé par des indices infimes, appréhendés par un découpage morcelé, un sens de l’espace fragmenté : c’est un album de cartes postales, des graffitis sur un mur, un bras posé sur une table et sublimé par la lumière du matin. De bout en bout, Au Pan Coupé s’emploie à refermer la blessure béante de son héroïne.

Retrouvez tous les épisodes de la semaine ici

Les flash-backs alternant entre souvenirs heureux (en couleurs) et présent morne (en noir et blanc), les décadrages, les ruptures d’échelles perturbantes, les changements de point de vue : cet art du décalage exprime le mal-être de personnages qui cherchent à se réconcilier avec leur propre histoire. Guy Gilles cherche-t-il réellement à offrir à ses personnages une porte de sortie, ou préfère-t-il simplement filmer leurs errements romantiques ? Marguerite Duras avait sa petite idée là-dessus : « L’amour a été interrompu par le départ, la mort. Il est vécu à partir du déchiffrage obsessionnel du passé. Ce passé a été bref, il est maintenant opaque et inépuisable comme un crime. »

Les Aventures d’Ivan Tchonkine de Jiří Menzel (1994, 104 minutes)

En Russie, Ivan Tchonkine, jeune soldat naïf, est est muté dans un village perdu durant l’été 1941 pour y surveiller un vieux bimoteur abandonné par l’armée soviétique. Il tombe amoureux de sa jeune voisine et le couple file le parfait amour. Mais ce bonheur spectaculaire déclenche la jalousie des villageois qui dénoncent Ivan au KGB. Une armée entière est alors envoyée pour le neutraliser… Adapté du roman de Vladimir Voïnovitch, ce film tchèque dénonce les absurdités et dérives du régime socialiste avec un sens aigu de la satire, qui pointe l’alcoolisme et la corruption des bureaucrates comme la bêtise vorace de la police politique pour mieux faire les louages d’un mode de vie simple, où l’amour et le travail de la terre permettent de brandir un bouclier à la méchanceté et au rejet de l’autre.

A propos de La Pianiste : entretien de Michael Haneke avec Serge Toubiana (26 minutes)

Impossible d’oublier le visage impassible d‘Isabelle Huppert dans ce film qui lui valut le Prix d’interprétation à Cannes en 2000. L’actrice y campe Erika, professeure de piano névrosée et austère, vieille fille aux penchants sadomasochistes dont les frustrations sexuelles la conduisent à l’auto-destruction et à la manipulation – notamment envers un de ses étudiants épris d’elle (Benoît Magimel, Prix d’interprétation également). Dispositif réflexif qui invite le spectateur à questionner son propre voyeurisme face au mal et à la souffrance (à travers des plans-séquences insoutenables que beaucoup ont vu comme une prise d’otage émotionnelle), analyse froide des ravages de la bourgeoisie et de la bienséance sociale qui conduit au refoulement des pulsions… Le critique de cinéma Serge Toubiana donne la parole à Michael Haneke dans ce documentaire qui revient sur la radicalité de sa mise en scène.

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Pour les kids

Pour les enfants, mk2 curiosity diffusera cette semaine le deuxième épisode de la série d’animation franco-canadienne Skyland d’Emmanuel Gorinstein (2003, 26 minutes, série d’animation), à l’univers apocalyptique. On y suit, en 2451, la quête de deux enfants pour retrouver leur mère sur une nouvelle Terre devenue aride, au régime despotique. Enfin, dernière pépite méconnue au programme : Rainbow Parade de Burt Gillett (1936, 4×7 minutes), créé dans les années 1930. Cette décennie marque l’arrivée fracassante de la couleur dans le monde de l’animation, d’abord en Cinecolor puis en Technicolor. C’est une petite révolution. Nuances chatoyantes, explosions colorées… Burt Gillett exploite à fond ces nouvelles possibilités dans deux courts : Molly Moo-Cow and the Indians et The Merry Kittens.

Les films sont disponibles juste ici

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