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Jerzy Skolimowski, Jeanne Moreau, Carl Theodor Dreyer : ils sont dans le nouvel épisode de mk2 curiosity

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Cette semaine, on découvre Jeanne Moreau en sulfureuse Mata Hari dans le biopic de Jean-Louis Richard, un court-métrage de Carl Theodor Dreyer sur les méfaits de la vitesse, et Jerzy Skolimowski nous entraîne dans la Pologne des années 1980 avec Travail au noir. 

Au cinéma, la sulfureuse Mata Hari a eu plusieurs visages. Cette courtisane et danseuse devenue espionne pour l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale a été interprétée par Greta Garbo et Marlene Dietrich, avant que Jean-Louis Richard confie le rôle à Jeanne Moreau dans son biopic lyrique, portrait moderne d’une femme tiraillée entre son devoir politique et son amour pour un officier français (Jean-Louis Trintignant).

Pour déshabiller le personnage opaque de Mata Hari, mante-religieuse fatale, espionne vénéneuse mais aussi proie du regard des hommes, Jean-Louis Richard a travaillé avec François Truffaut (avec qui il écrira aussi le scénario de La Peau douce, sorti en 1964). C’est pourquoi Mata Hari, Agent H 21 est sous influence truffaldienne – des monologues très écrits, comme un accès direct aux états d’âme des personnages, un ton romanesque nuancé par un art du suspens ciselé qui rappelle Hitchcock.

Tous les épisodes de la semaine sont disponibles ici

Enrobé de la musique de Georges Delerue, le film met en scène le désir objectivant des hommes, le voyeurisme morbide d’une aristocratie puritaine, les oeillades moralisatrices d’une société qui condamne la liberté sexuelle – des thèmes que le réalisateur décline formellement, à travers des plans subjectifs qui tantôt morcellent le corps de Jeanne Moreau, ou au contraire exalte la toute-puissance de son érotisme. Ce dispositif réflexif sur l’image féminine s’accompagne d’une mise en abyme sur le paraître, le théâtre : Mata Hari est une artiste, mais même hors de la scène, elle continue à dissimuler qui elle est – au risque d’en confondre ses identités.

Travail au Noir de Jerzy Skolimowski (1982)

Quatre ouvriers polonais sont embauchés au noir pour rénover une riche maison londonienne. Seul Novak (Jeremy Irons), le contre-maître,sait parler anglais. Il devient bientôt chef du clan, jusqu’à abuser de son pouvoir pour tyranniser ses compatriotes. Lorsqu’il apprend l’état de siège décrété en Pologne, il décide de le cacher aux autres afin qu’ils ne puissent pas rejoindre leurs proches…

Douze ans après Deep End, le cinéaste polonais ausculte la crise qui éclate dans son pays natal en décembre 1981, alors que le Parti communiste au pouvoir vient d’instaurer la loi martiale face à la montée du syndicat indépendant Solidarność, entraînant une série de grèves dans le monde ouvrier. Film sur l’exil intérieur et politique, Travail au Noir montre l’impuissance d’expatriés qui assistent au délitement de leur pays de loin, à travers les images froides d’une télévision déshumanisante. Au passage, cette fable tragi-comique raille l’absurdité du monde occidental, son individualisme capitaliste et la violence qu’elle génère.

À mi-mots : Pascal Quignard de Jacques Malaterre (2004)

Prix Goncourt en 2002 pour Les Ombres errantes, auteur de Tous les matins du monde (1991), biographie imaginaire du musicien Jean de Sainte-Colombe adaptée par Alain Corneau, Pascal Quignard est a signé une oeuvre mystique, où le morcellement de l’écriture et de la langue rejoignent des thèmes comme la mort, la religion, l’oubli. Dans ce documentaire, le réalisateur et metteur en scène Jacques Malaterre éclaire la personnalité et les méthodes de travail de Pascal Quignard, nous balade à travers les lieux qui ont compté pour l’écrivain (du département de l’Yonne à la ville de Tokyo), sa passion pour la culture japonaise, la nature, les retraites silencieuses. On y découvre son amour de la musique, qui rythment discrètement son roman Le Salon du Wurtemberg, mais aussi son processus d’écriture intrinsèquement lié à la lecture, puisque Pascal Quignard se définit avant tout comme un lecteur, avant d’être un écrivain.

Ils attrapèrent le bac de Carl Theodor Dreyer (1948)

En 1943, Carl Theodor Dreyer vient de tourner Jour de colère, onze ans après Vampyr. Malgré la modernité virtuose de ces films (des trucages parfaits, des surimpressions et des clairs-obscurs donnant une atmosphère fantastique et spectrale), l’oeuvre de Dreyer est très mal accueillie. Il accepte alors de tourner un « projet alimentaire« , film institutionnel de commande pour la sécurité routière, destiné à sensibiliser aux excès de vitesse. Le pitch est simple : un jeune couple, chevauchant une moto (une Nimbus sport 750, de fabrication danoise), débarque d’un ferry et doit rejoindre le ferry pour Nyborg dans un temps très contraint. Dreyer transforme alors ce point de départ en véritable course contre la mort, maniant la vitesse crescendo.

D’abord lent, contemplatif (l’arrivée poétique du ferry), le court-métrage s’emballe, alterne fébrilement plans sur la route et sur les visages, avec un découpage expressionniste – jusqu’à cette dernière image fantomatique glaçante, sur deux cercueils glissant sur l’eau.

Du côté des kids, on vous propose cette semaine de voir Opopomoz d’Enzo D’Alo, un récit d’apprentissage sur l’altérité et la croyance dont voici le synopsis : à Naples, à la veille de Noël, Peppino et son fils Rocco s’affairent pour la préparation de la traditionnelle crèche sous les yeux bienveillants de maman Mariù. Les parents de Rocco attendent un heureux événement pour Noël. Inquiet, le petit garçon a peur de perdre l’amour de ses parents après l’arrivée de ce petit frère. La veille de Noël, trois petits diables rendent visite au garçonnet et lui intiment d’empêcher la naissance de l’enfant Jésus grâce au mot magique : Opopomoz…

Tous les épisodes sont à retrouver ici

Films disponibles du 1er avril au 8 avril

Mata Hari, Agent H 21 de Jean-Louis Richard (1963) : avec Jeanne Moreau, Jean-Louis Trintignant

Travail au Noir de Jerzy Skolimowski (1982) : avec Jeremy Irons

À mi-mots : Pascal Quignard de Jacques Malaterre (2004) : documentaire

Opopomoz d’Enzo D’Alo (2003) : animation

Ils attrapèrent le bac de Carl Theodor Dreyer (1948) : court-métrage.

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