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[CRITIQUE] : « Sorry We Missed You » de Ken Loach, un manifeste contre l’ubérisation

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Portrait  d’une famille exposée aux risques de l’ubérisation, le film de Ken Loach dissèque habilement les mirages de la nouvelle économie  et offre une tragédie moderne d’une densité inattendue.

Infatigable, Ken Loach ? Le cinéaste de 83 ans, auréolé en 2016 d’une deuxième Palme d’or avec Moi. Daniel Blake, s’attaque ici aux effets dévastateurs de l’ubérisation, récente mutation économique aux faux airs de révolution. Sorry We Missed You suit les pas de Ricky, père de famille embauché comme chauffeur livreur pour une entreprise de livraison à bas coût. Le vocabulaire utilisé dans la séquence d’ouverture souligne d’emblée les paradoxes de la situation : Ricky est théoriquement travailleur à son compte, mais il loue une camionnette à la société qui l’emploie et qui le soumet vite à une cadence infernale. Voyant là une opportunité de rembourser les dettes du foyer, il travaille d’arrache-pied et adopte le même rythme que son épouse, Abby, auxiliaire de vie qui doit être disponible pour ses patients à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit…

Ken Loach dépeint, à l’aide de son fidèle scénariste Paul Laverty, un équilibre familial miné par un système économique qui expose à tous les risques et les contretemps et installe une barrière croissante entre le couple de parents et leurs deux enfants. Une des forces du film consiste ainsi à ménager, au milieu de l’engrenage mécanique, un possible horizon de respiration ; la convivialité de la ville de Newcastle est entraperçue, mais les personnages n’ont tout simplement pas le temps de la savourer. Au moyen d’une caméra qui chorégraphie habilement l’angoisse sourde et déshumanisée du dépôt de distribution par lequel transite sans cesse Ricky, le cinéaste britannique rappelle que, si les technologies sont nouvelles, l’exploitation des travailleurs demeure inchangée. Fin observateur de la progressive disparition de la solidarité, Ken Loach brocarde le stade ultime atteint par l’individualisme à travers cette course ininterrompue contre la montre. La poignante séquence finale laissera alors le public se forger un avis quant au sort des personnages, manière pour le cinéaste d’en appeler une dernière fois à la collectivité dans un monde où elle fait désormais cruellement défaut.

Sorry We Missed You de Ken Loach, Le Pacte (1 h 40), sortie le 23 octobre

Image : Sorry We Missed You de Ken Loach – Copyright Joss Barratt

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