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Le film du soir : « Paranoïd Park » de Gus Van Sant

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Prix du 60eanniversaire au Festival de Cannes en 2007, ce teen-movie virtuose, quasi mutique, immerge le spectateur dans l’esprit torturé d’un ado responsable d’un accident.

Tout comme Elephant – avec qui il forme une tétralogie sur la jeunesse désoeuvrée aux côtés de Gerry et Last Days – Paranoïd Park de Gus Van Sant s’ouvre sur la géographie crépusculaire de Portland. Un pont monstrueux à cheval entre deux rives, étrangement serein mais rendu inquiétant par la musique métallique de Nino Rota. C’est que cette petite ville banale abrite un drame silencieux. Alex, un jeune skateur renfermé sur lui-même, tue accidentellement un agent de sécurité près de la voie de chemin de fer… D’abord dans le déni, il prend conscience de son acte à travers les images de télévision. Dès lors, tout le film, sorte de kaléidoscope mental composé de bribes de souvenirs, tendra à la résolution de cette image originelle traumatisante, que le personnage lui-même a refoulé.

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Car Paranoïd Park n’est pas tant le récit d’une culpabilité que celui d’un adolescent qui refuse le réel pour masquer son dégoût du monde adulte, le malaise de son propre corps, de sa sexualité, sa difficulté à exister aux yeux de ses propres amis indifférents. Cette perte d’identité contamine non seulement le montage du film, nerveux, erratique, mais aussi toutes ses composantes. De sa photographie ouateuse signée Christopher Doyle à ses variations de netteté perturbantes, en passant par son mixage sonore organique – Beethoven côtoie Cast King sans complexe -, ce teenage-movie cru et nostalgique excelle à instiller le malaise de son personnage tout en refusant la psychologisation littérale, la voix-off démonstrative.

Si Gus Van Sant fait planer quelques éléments d’explication quant au mal-être de son héros – la cassure entre générations, les tabous sociaux, la violence muette du système scolaire -, il n’offre ni procès, ni rédemption. Aussi proche que l’on soit de lui par le grain de l’image et les gros plans fébriles, l’esprit mortifié d’Alex restera aussi insaisissable que sa silhouette filant sur son skate-board.

Le film est à voir juste ici.

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