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[LE FILM DU SOIR] « With Gilbert & George » de Julian Cole sur mk2 Curiosity

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Ancien modèle du célèbre duo d’artistes britanniques, Julian Cole a filmé Gilbert & George pendant plus de vingt ans. En résulte ce portrait intime de 2007, que mk2 Curiosity vous propose de visionner gratuitement jusqu’à mercredi, dans lequel les inséparables se révèlent en glaneurs, poursuivant leur grande ambition d’un « art pour tous ».

Mise à jour le 27/05/ 2020. Ce film n’est désormais plus accessible. Découvrez les films offerts sur mk2 Curiosity en cliquant ici

En 1986, le réalisateur Julian Cole posait comme modèle pour lʼun des plus grands duos d’artistes contemporains : Gilbert & George. De cette première collaboration découleront des années de documentation, dont il tirera un portrait intime, sur un binôme hors-norme, véritables sculptures vivantes et inséparables depuis cinquante ans, qui n’hésitent pas à se mettre en scène pour aborder les sujets les plus fous et les plus tabous, malgré leur allure soignée de petits british bourgeois.

Dans leurs costumes trois-pièces identiques, Gilbert Prousch et George Passmore, le petit brun et le grand chauve, avancent d’un pas réglé dans les rues du Londres populaire. Flegme, visages impassibles et précision du geste, ces deux-là traversent les années avec leurs tenues assorties, l’un accordant son pas à celui de l’autre. Ils se rencontrent à la célèbre Saint Martin’s School of Art, à la fin des années 1960. Le premier est né en Italie, le second a grandi en Angleterre, tous deux sont issus de familles modestes. Ils ne se quitteront plus, partageant leur intimité et leur conception de l’art, jusqu’à fusionner en une seule et même entité nommée Gilbert & George.

S’ils sont surtout connus pour leurs grands photomontages, le documentaire expose chronologiquement l’ensemble de leur carrière, placée dès 1970 et leur Singing Sculpture sous l’égide d’une reconnaissance mondiale : maquillés et juchés sur un socle, ils s’autoproclament « statues vivantes » et installent déjà leurs corps au centre de leur art. Le succès est tel que les deux artistes font le tour du monde et gagnent pour la première fois de l’argent… qu’ils dépensent aussitôt en fêtes et beuveries. Pour leur œuvre suivante, Dark Shadows, ils s’imbibent de cette nouvelle expérience, et mélangent de l’alcool au révélateur qu’ils utilisent pour développer leurs clichés. Ils déclarent alors vouloir mettre « le monde entier dans une galerie » : le réel s’immisce dans leurs œuvres, jusqu’à devenir art en soi.

Couple insécable, Gilbert & George affirment leur ambition d’une œuvre capable de saisir le tout en un – leurs photo-montages, surimprimés de grilles noires, semblent d’ailleurs porter la marque de cette recherche de l’absolu, où la cohésion de l’ensemble est subordonnée à l’assemblage de plusieurs éléments distincts. Posant nus, agrandissant leurs échantillons sanguins au microscope ou photographiant leurs étrons dans la série Naked Shit Pictures en 1995, ils continuent d’explorer leurs propres anatomies.

Les artistes ne sont pas nombrilistes pour autant. Au contraire, si leur travail converge sans cesse vers leurs propres corps, c’est parce qu’ils sont semblables à tous les autres : « L’excrément est une des rares choses universelles au monde. » Gilbert & George aspirent à un art accessible à tous, décrit en 1986 dans leur manifeste What our Art Means : « Nous voulons que notre art s’adresse directement aux gens, au-delà des barrières de la connaissance, qu’il s’adresse à leur vie et non à leur culture artistique. » C’est ainsi qu’ils partent à l’assaut de la Russie ou de la Chine communiste, y organisant une exposition entièrement à leurs frais, faisant fi des obstacles politiques et culturels.

Saisir le tout en un, c’est aussi ce que réussit le film de Julian Cole qui, au travers d’entretiens et d’images d’archives, suit les hommes dans leur quotidien, relate leur enfance, leur engagement contre le sida ou la misère – bien au-delà, donc, de leur carrière fulgurante. Sans jamais quitter leur solennel maintien de «sculptures vivantes», Gilbert & George nous expliquent, avec leur humour so british, pourquoi ils refusent par exemple d’avoir une cuisine : « C’est contraire à notre religion, on perdrait bien trop de temps si on faisait la cuisine ! » Pressés, « G & G » ? Dans l’intimité de leur atelier londonien, on les découvre au contraire en vrais collectionneurs – littérature gay, mobilier Art and Craft… Fascinante preuve que ces deux-là sont des glaneurs, avançant comme un seul homme pour saisir en leur art toute la diversité du monde.

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