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[SONS] : Quatre albums à écouter d’urgence

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Soleil enculé d’ARLT (Objet Disque / Murailles Music)

Dix  ans de carrière et cinq albums ont installé le groupe Arlt comme une des plus singulières propositions de rénovation de la chanson française depuis Brigitte Fontaine et Areski. Éloïse Decazes, chanteuse astrale fixant les fantômes dans les yeux, un marteau à la main, et Sing Sing, parolier lettré, à l’unisson, et à la guitare de plomb, avaient trouvé en Mocke, guitariste tisserand (ex-Holden, actuel Midget), le tiers leur tenant lieu de pont. Cette alchimie équilibriste, entre gouffres et astres, se déploie plus largement (librement, follement) sur un nouvel album au titre gentiment blasphématoire, Soleil enculé, dans lequel le trio s’adjoint les percussions, cuivres et vents de Clément Vercelletto (Kaumwald, Orgue Agnès) et la science tapageuse du mix d’Ernest Bergez (Sourdure, Kaumwald, Orgue Agnès). Avec ses fraternels invités (Bertrand Belin au violon, Léonore Boulanger, Marion Cousin, Claire Vailler ou Jean-Daniel Botta en enfants de chœurs azimutés), l’ensemble augmenté (Éloïse se faisant davantage instrumentiste, aux claviers et magnétophones à bandes) métamorphose ainsi le folklore naturaliste d’Arlt en magma bouillonnant de libertés formelles, improvisations sauvages, orchestrations savantes dissonantes, harmonies de villages tambours battants. Convoquant l’art aussi naïf qu’érudit de Pascal Comelade ou la virtuosité free de Sun Ra ou de l’Art Ensemble of Chicago en un joyeux retour à l’enfance (de l’art), «l’album est traversé par l’idée de métamorphoses, nous explique Sing Sing : devenir frère et sœur, fratrie, meute, et aller ensemble vers un territoire d’enfance à venir, pas dans un souvenir, pas dans une régression, mais en considérant l’enfance comme un territoire quasiment spatial qui est devant nous, à découvrir.» Usant du studio et du mix comme d’instruments à part entière (réverbes à ressort, delays dub, guitares trouées), l’album le plus instrumental d’Arlt pose la question enfantine, brute (comme l’art brut) et éminemment actuelle (face à l’angoisse du futur) : «Combien de temps dure l’instant même?» (sur le morceau « L’Instant même ») ; et y répond à sa manière, une des plus belles et salvatrices qui soit.

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ?

« J’aimerais qu’il ait quelque chose de Passe montagne, la “baroquerie forestière” [dixit François Truffaut, ndlr] de Jean-François Stévenin, qui est un mélange ultramagnétique d’écriture hirsute et de lâcher-prise karatéka, de douceur et de véhémence, une odyssée à trous où deux grands cons bifurquent vers une enfance mythique à retrouver coûte que coûte au gré de cartes imaginaires, au milieu d’une météo instable et dans une joie inquiète, étrange et ivre. Un chien y chante, on est toujours au bord de tout mais rien : superbe. » SING SING

Confessions de Philippe Katerine (Cinq7)

Le chanteur de « Louxor j’adore » confesse et assume ses obsessions (sexe et clergé, biffle et homosexualité refoulée) et son goût pour le hip-hop californien (sensualité des basses, kicks et claps) en une grande partouze pop polyphonique, invitant une kyrielle hétéroclite de featurings (Angèle, Lomepal, Gérard Depardieu, Oxmo Puccino…). Le résultat est joyeusement enfantin, transgressif, polymorphe, renversant.

Air India de David Sztanke (Entreprise / A+LSO)

Premier album du compositeur de B.O. (pour Quentin Dupieux, Christophe Honoré, Éric Judor) sous son nom propre (anciennement Tahiti Boy & the Palmtree Family), Air India voyage, façon conte de fées ou Piccolo, Saxo et Cie, entre Chennai et Pondichéry, rêve psychédélique et clichés exotiques. Mariant pop française, musique d’illustration et ambiances bollywoodiennes, ces impressions indiennes forment un véritable film mental, riche en couleurs et en sensations.

Panorama de Vincent Delerm (Tôt ou Tard)

Invitant divers musiciens (Herman Dune, Peter von Poehl, Keren Ann, Voyou) à arranger ses vignettes intimistes, souvenirs furtifs, évocations nostalgiques, Vincent Delerm réunit ces singularités musicales au service d’une poésie aussi épurée qu’incarnée. Moins tourné vers l’intériorité que vers l’autre et ce qui rassemble, il métamorphose les petits riens du quotidien en un grand tout malickien, panoramique.

Image : Copyright Brest Brest

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