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Elle a reçu en juin le prix du livre Inter pour son premier roman, Avant que j’oublie (éditions Verdier, 2019), récit remuant, mordant et juste sur son deuil après la mort de son père. Anne Pauly a mille autres vies : secrétaire de rédaction, DJ, cofondatrice et commissaire du festival queer Loud & Proud et corédactrice en chef de la revue militante Terrain Vague. On a voulu savoir comment sa curiosité et sa sensibilité s’incarnaient dans ses goûts cinématographiques.

3 films qui traitent du deuil avec justesse ?

Big Fish de Tim Burton. J’ai jamais autant pleuré devant un film. Le héros reproche à son père de toujours raconter les mêmes histoires rocambolesques auxquelles personne ne croit. Mais à l’enterrement du père, il y a bien les sœurs siamoises, le géant, et toutes les personnes dont il parlait. Ça raconte comment on peut être surpris par les gens qu’on perd, découvrir qu’on ne connaissait pas leur part de fantaisie. Sous le sable, de François Ozon. J’ai trouvé que le déni du personnage de Charlotte Rampling, qui ne croit pas à la disparition de son mari, était bien fait. 21 nuits avec Pattie, d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, car ça montre que le deuil met dans une sorte de suspension, ça vient à la fois clore quelque chose, mais aussi démarrer autre chose. Ça peut permettre de revenir à la vie, bizarrement.

3 scènes de famille dans lesquelles vous retrouvez un peu la vôtre ?

Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin. Pour le fait que souvent, même dans les situations graves, on n’entend pas ce disent que les uns et les autres. Un château en Italie de Valeria Bruni Tedeschi, qui met très bien en scène l’hystérie qu’il peut y avoir dans les familles. Un air de famille de Cédric Klapisch, pour les interactions entre le personnage de la mère et celui d’Agnès Jaoui. Avant, je faisais de la radio avec ma copine, et on avait fait une virgule avec le personnage de la mère dans le film qui dit « Alors, quand est-ce que tu nous le présente, ton fameux fiancé ? » En face, la fille est avec son blouson et son jean, elle n’en a rien à foutre. On sent qu’elle est pas prête de trouver son « fameux fiancé ».

Vos 3 plus beaux souvenirs de cinéma ?

The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman. J’ai dû le voir vers 17 ans, et je me suis dit que je voulais vivre dedans. À la fin, il y a une partouze dans une piscine, et la chanson scande : « Don’t dream it, be it ! » Cette phrase est devenue mon leitmotiv. Et puis, en voyant le personnage de Tim Curry descendre de l’ascenseur, je me suis dit : « Voilà une vie qui vaut la peine d’être vécue ! » Boulevard de la mort de Quentin Tarantino. Le personnage de Kurt Russell fait chier une bande de filles mais elles finissent par le démolir. C’est jouissif. Il y avait plusieurs meufs dans la salle parisienne où je l’ai vu, et c’était palpable, que tout le monde jubilait. On a senti un truc de communauté. Thelma et Louise de Ridley Scott, parce que c’est aussi un des premiers grands films sur la sororité. Les héroïnes préfèrent leur liberté, mourir plutôt que d’y retourner.

Décrivez-vous en 3 personnages de film. 

Mildred Hayes dans Three Billboards : Les panneaux de la vengeance. Elle y va au molotov, parce que personne ne veut l’écouter. Elle est à la fois drôle, elle fait face, mais elle a aussi l’air hyper soulée – comme tous les personnages campés par Frances McDormand. Je trouve ça super. Doralee Rhodes dans Nine to Five. J’adore Dolly Parton. Elle est plantureuse mais dans plusieurs de ses rôles, elle sort sa carabine quand ça dégénère. C’est aussi le personnage de la provinciale qui monte à la ville et qui fait sororité avec le personnage de Jane Fonda : elles combinent pour dézinguer le patron qui les harcèle sexuellement. Aragorn dans La Communauté de l’anneau. En fait, je rêve d’être Viggo Mortensen. J’aime sa puissance, sa manière de pas être surpris et son côté justicier qui se la ramène pas.

Lire aussi >> [CRITIQUE] Three Billboards : les panneaux de la vengeance, vengeance sans relâche

L’acteur ou l’actrice dont vous étiez amoureuse quand vous aviez 13 ans ?

Nicolas Cage dans Sailor et Lula à 16 ans. Je n’étais pas amoureuse de lui, je voulais être lui, à cause de son manteau en peau de serpent et de son goût pour la liberté.

Vos B.O. préférées ?

Impossible de choisir – et pourtant, je n’ai pas mis toutes les B.O. des films de Claude Sautet. Je vais citer celles de Hana-Bi par Joe Hisaishi, Leaving Las Vegas par Mike Figgis, La Cosa Buffa par Ennio Morricone, Twin Peaks par Angelo Badalamenti et Julie Cruise, Ça n’arrive qu’aux autres par Michel Polnareff, Les Parapluies de Cherbourg par Michel Legrand, Dernier domicile connu par François de Roubaix – notamment pour Nicoletta qui chante le titre-phare du film et qui hurle « Pour qui, pour quoi / Menons-nous ce combat ? », c’est très bien ! -,Assault on Preccinct 113 par John Carpenter.

Le film que vous aimez regarder à 3h du matin, une nuit d’insomnie ?

Quand je suis très déprimée, je regarde Ponyo sur la falaise de Miyazaki, ça marche à tous les coups. Parce que chez Miyazaki, « c’est pas grave » : il y a le bien, le mal, tout est un peu mélangé, il y a des motivations un peu obscures, c’est pas manichéen du tout. Et puis j’aime bien cette petite fille qui est tellement pleine de joie ! Je revois encore la scène où elle court sur les vagues à fond la caisse après y avoir déversé la potion magique.

3 films queer méconnus que vous aimeriez faire découvrir ?

Heavenly Creatures, un des premiers films de Peter Jackson. C’est deux filles qui tombent amoureuses l’une de l’autre, mais ça ne se formule pas de cette façon-là. Elles s’imaginent un monde seulement à elles, ça décrit leur bonheur d’être enflammées ensemble, avant que les parents et la société se mettent à regarder ça d’un mauvais œil. Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais et Donna Haraway : Story Telling for Earthly Survivalde Fabrizio Terranova, des films que j’avais programmés à Loud & Proud. J’ai adoré la narration en voix-off de Frank Beauvais. L’autre film est un documentaire sur Donna Haraway, c’est un film qui te donne des solutions, pour les gens qui n’ont pas lu son Manifeste Cyborg ni son dernier livre [Vivre avec le trouble, Éditions des mondes à faire, 2020, ndlr]. Ça donne beaucoup d’espoir et d’envies de changement – ce qui n’arrive pas très souvent. Comment inventer d’autres relations entre nous et avec les animaux, ne pas les domestiquer mais faire équipe avec eux.

Image de couverture : (c) Smith 2019

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