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PORTFOLIO — « Peau d’âne » de Jacques Demy : souvenirs psychés du tournage

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En 1970, Rosalie Varda-Demy a 12 ans quand Jacques Demy, son père adoptif, tourne Peau d’âne. Figurante sur le plateau, elle y découvre le métier de costumière qu’elle exercera plus tard. Elle nous raconte ses souvenirs d’un tournage à l’atmosphère hallucinée à travers cette sélection de photographies extraites du livre Il était une fois Peau d’âne, qu’elle a coécrit et qui sort ce mois-ci pour les 50 ans du film.

UNE ENFANCE PSYCHÉ

Ayant vécu la vague flower power aux États-Unis au gré des tournages de son père (Model Shop, 1969) et de sa mère Agnès Varda (Lions, Love [… and Lies], 1969), la jeune Rosalie était déjà habituée à une certaine ambiance psyché quand a débuté le tournage de Peau d’âne – cake d’amour un peu space, rose qui parle, roulades hilares dans les champs de coquelicot, hélico en plein Moyen Âge… Croiser Jim Morrison en visite sur le tournage ? Normal pour elle, puisque c’était un ami de ses parents. Alors, qu’est-ce qui pouvait encore étonner la fillette ? Plus que cette histoire de princesse (Catherine Deneuve) fuyant son château sous une peau d’âne car son père le roi (Jean Marais) souhaite l’épouser, Rosalie était surtout impressionnée par les incroyables robes couleur de lune et couleur du temps, et par la personnalité généreuse de la costumière Gitt Magrini, qui  travaillera aussi pour Michelangelo Antonioni, François Truffaut, Michel Deville, Nadine Trintignant et Bernardo Bertolucci. C’est elle qui lui donnera envie de faire le métier de costumière qu’elle a exercé au théâtre, à l’opéra, et bien sûr au cinéma, pour ses parents ou pour Jean-Luc Godard (Passion) et Samuel Fuller (Les Voleurs de la nuit). Depuis une quinzaine d’années, elle gère la société familiale Ciné-Tamaris (qui fait vivre les œuvres de ses parents). Elle a produit Visages villages d’Agnès Varda et J. R., et elle est chargée de faire rayonner le catalogue de films de la société mk2 films.

1. Dessin de Rosalie Varda-Demy, lorsqu’elle était enfant

« Quand j’étais petite fille, je faisais beaucoup de dessins de fées, de châteaux, de princesses. L’imaginaire des contes, ceux que me racontait Jacques le soir, soit à table, soit dans mon lit, pour m’endormir. Souvent, il prenait un bouchon de bouteille d’eau qu’il mettait au bout de son doigt pour faire des petits personnages. Agnès, elle, me lisait des livres plus éducatifs, plus en prise avec la société… J’étais complètement en admiration devant Jacques, et un jour j’ai dit : « Je veux me marier avec toi. » S’il a choisi d’adapter Peau d’âne, c’est peut-être aussi pour m’expliquer que ce n’était pas possible. »

À LIRE AUSSI : La recette du cake d’amour dans Peau d’âne de Jacques Demy 

© Alain Ronay © Michel Lavoix

2. Rosalie Varda costumée en princesse et coiffée par Agnès Varda / Rosalie Varda costumée en souillon

« Pendant le tournage, Jacques m’a fait le cadeau de me faire porter deux costumes, l’un de princesse, l’autre de souillon. J’ai fait de la figuration très modeste, car j’avais très peur de la caméra, j’étais très timide. J’avais la même taille qu’aujourd’hui et je commençais à avoir de la poitrine, mais j’étais une petite fille. Jacques aurait aimé que je fasse partie des prétendantes dans la scène où le prince reconnaît sa princesse parmi toutes les filles du royaume. Je n’ai jamais voulu, je suis allée me cacher dans l’escalier ! »

© Alain Ronay

3. Gitt Magrini et Catherine Deneuve

« Gitt Magrini était une costumière italienne que mes parents avaient rencontrée par Bernardo Bertolucci. Elle me fascinait à manipuler toutes ces matières, tous ces tissus, toutes ces couleurs. J’adore cette photo où Catherine Deneuve coud elle-même les strass, on sent la complicité entre elles. Gitt est une des deux personnes, l’autre étant Christian Gasc [créateur de costumes pour André Téchiné, Marguerite Duras, ndlr], qui m’ont donné envie de m’orienter vers le costume. Mes premiers pas de cheffe costumière, c’était en 1982 sur La Naissance du jour de Jacques Demy. »

« Petite, j’allais dans les backstage aux concerts des Doors » 

© Alain Ronay

4. Jim Morrison et Agnès Varda

« En 1967, on est partis aux États-Unis avec mes parents. Ce n’étaient pas du tout des gens qui se droguaient, mais je crois qu’ils ont été cueillis par l’ambiance flower power et que ça se ressent dans l’esthétique de Peau d’âne. Ma famille était très amie avec Jim Morrison. Petite, j’allais dans les backstage aux concerts des Doors. Quand il est venu s’installer en France, il nous rendait souvent visite dans la maison où on habitait, rue Daguerre. Il est venu voir le tournage et Agnès l’a filmé avec sa caméra Super 8. Plus tard, elle fera partie des quelques personnes présentes à son enterrement. »

À LIRE AUSSI : Agnès Varda, sa période américaine décryptée 

© Michel Lavoix

5. Jacques Demy et Delphine Seyrig

« Delphine Seyrig était une grande activiste féministe. Je pense qu’il y avait quelque chose d’un peu compliqué pour elle, entre son engagement et le rôle très éthéré qu’elle joue dans le film, un peu futile, un peu coquine, de fée des Lilas qui veut se taper le roi, en gros… Après, elle en a été heureuse, car le personnage est resté iconique. On a continué à la voir parce qu’elle participait aux réunions féministes que ma mère organisait rue Daguerre. Quand elles avaient lieu, on allait avec Jacques Demy au restau chinois en face. On ne peut pas dire qu’il était un cinéaste féministe, mais en tout cas ses personnages féminins étaient toujours très forts, très libres, jamais des victimes. »

À LIRE AUSSI : Delphine Seyrig en six rôles iconiques 

: Peau d’âne de Jacques Demy, ressortie prochaine en version restaurée 4k  / Il était une fois Peau d’âne de Rosalie Varda-Demy et Emmanuel Pierrat (Éditions de La Martinière, 304 p.)

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