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[PORTFOLIO] Les vampires au cinéma : passeurs de l’ombre

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Un château plongé dans la nuit, en Transylvanie, au XIXe siècle. Tandis que le jeune et beau Hutter dort à poings fermés, une silhouette bouffante aux doigts crochus se dessine sur le mur. Cette scène du sublime Nosferatu de l’Allemand F. W. Murnau (adapté du roman Dracula de Bram Stoker, paru en 1897) a quelque chose de prophétique. En 1922, année de production du film, la république de Weimar a récemment été proclamée. Comme Hutter, le pays ne se doute pas de la menace – le régime nazi – qui plane sur lui. Créature de l’ombre, le vampire a souvent permis au cinéma de parler des fantasmes et des peurs d’une société face aux changements qui la guettent. À l’occasion de l’exposition « Vampires. De Dracula à Buffy » à la Cinémathèque française, qui mêle photographies, extraits de films, reliques de décors et hommages dessinés, le commissaire de celle-ci, Matthieu Orléan, a commenté pour nous une sélection de photogrammes tirés d’œuvres qui inscrivent les vampires dans leur époque et en font aussi parfois, dans de fascinants jeux de miroirs, les alter ego de leurs contemporains humains.

Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1959)

« C’est un film de la Hammer Film Productions, une société de production britannique connue pour ses films d’horreur et ses films érotiques sortis dans les années 1950 et 1960 et qui a créé toute une saga autour de Dracula, avec notamment Les Maîtresses de Dracula, Dracula et les femmes et donc Le Cauchemar de Dracula. Au départ pudiques, les films de la Hammer ont peu à peu débordé d’érotisme. On sent la libération sexuelle arriver à travers l’émoi provoqué par Dracula chez les personnages féminins. C’est l’image du vampire phallocrate, un dandy à la fois terrifiant et attirant. »

Les Lèvres rouges  de Harry Kümel (1971)

« Le Belge Harry Kümel transpose dans l’Ostende des années 1970 l’histoire d’Élisabeth Báthory, une comtesse hongroise du xvie siècle dont on a dit qu’elle mordait des femmes pour rester éternellement jeune. Le film vit avec son époque, parle d’amour lesbien. Delphine Seyrig y vampirise une femme séjournant avec son mari dans un hôtel. Seyrig, en tant que féministe et icône du cinéma d’auteur, est un choix intéressant. Je crois avoir lu qu’elle se demandait alors si la littérature de monstres n’était pas destinée à apeurer les petites filles pour les inciter à rester chez elles. »

Les Prédateurs de Tony Scott (1983)

« Avec ses flash-forward, ce film étonne par sa vision de l’espace-temps. Avant Abel Ferrara, il dépeint un New York faste, dangereux. Catherine Deneuve et David Bowie y jouent deux vampires mariés. Lui est frappé par un vieillissement accéléré tandis qu’elle tombe amoureuse d’une médecin – incarnée par Susan Sarandon – qui se penche sur ce cas, tout en étudiant le sang des singes. Le vampire questionne ici la pérennité du désir, notre futur comme société – et ce, juste avant que l’épidémie du sida soit officiellement reconnue –, mais aussi l’avenir du cinéma avec l’arrivée de la télé. »

The Addiction d’Abel Ferrara (1996)

« Avec ce film en noir et blanc, Ferrara se montre très en phase avec son époque. Il fait de New York une jungle urbaine avec des humains en manque de drogue et des vampires en manque de sang. On suit une étudiante en philo mordue par une goule – là aussi, la morsure renvoie à la transmission d’une maladie – qui va être confrontée à des images terribles capturées dans des camps de concentration nazis et lors des conflits en Bosnie. Cette violence picturale, elle nous met face à la violence de l’histoire, l’addiction des hommes au mal. »

Buffy contre les vampires  de Joss Whedon (1998-2003)

« Avec cette série télévisée, on a un renversement important : on suit une chasseuse de vampires [jouée par Sarah Michelle Gellar, ndlr] sur plusieurs saisons. À la différence des tueurs de vampires dans les films de la Hammer – qui sont âgés, sérieux, sages –, elle est jeune, sexy, intuitive. En tant qu’élue, elle est habitée par une forme de spiritualité, de force, elle a une dimension christique. On a aussi la figure d’Angel, un vampire qui tombe amoureux. Le vampire, ici, c’est aussi un miroir, l’ado qui doute de lui et qui se sent appartenir à une minorité affective, religieuse, sexuelle ou encore ethnique. »

« Vampires. De Dracula à Buffy », jusqu’au 20 janvier à la Cinémathèque française

Images: Nosferatu (c) Friedrich Wilhelm Munrau Stiftung; Le Cauchemar de Dracula (c) D.R.; Les Lèvres rouges (c) Virginia Haggard-Leirens; Les Prédateurs (c) Warner; The Addiction (c) Films sans frontières; Buffy contre les vampires (c) RDA/Everett

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