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Les 6 conseils de Jordan Peele pour faire un film

En seulement deux films, Get Out (2017) et Us (2019), Jordan Peele s’est imposé comme l’un des nouveaux maîtres de l’horreur, usant de sa fibre comique et déployant sa maîtrise des ruptures de tons au sein d’un univers aussi référencé que très personnel. Voici les six conseils du cinéaste aux réalisateurs/trices de demain.

Il y a trois ans, Jordan Peele est devenu l’une des nouvelles voix du cinéma horrifique. En 2017, l’incroyable carton public et critique de Get Out (il a même glané l’Oscar du meilleur scénario original) a révélé un auteur unique, capable de renouveler le genre si codifié de l’horreur en y injectant une féroce dose de charge sociale  contre le racisme latent aux Etats-Unis. Un film profondément actuel et contemporain, montrant qu’un nouveau cinéma de genre est en train d’arriver. Après le succès surprise de ce premier film, Jordan Peele était attendu au tournant pour son second long-métrage, Us, dans lequel une famille se voit confrontée à leurs doppelgängers maléfiques. Suscitant moins d’enthousiasme que Get Out, Jordan Peele utilisait pourtant une nouvelle fois la puissante force allégorique de son récit pour nous plonger dans les abysses d’une mythologie horrifique originale.

À LIRE >> ENTRETIEN: Jordan Peele nous parle de ses visions hantées

Le site Film School Rejects a recensé six précieux tips que propose Jordan Peele pour faire ses débuts de metteur en scène. En voici quelques extraits.

 

1. « Écrivez pour vous-mêmes »

« Premièrement, écrivez sur ce que vous imaginez être votre film préféré. Ne vous inquiétez pas de savoir s’il va être réalisé. Écrivez quelque chose pour vous-mêmes. Une fois que vous avez ce brouillon, préoccupez-vous de ce que vous devez faire pour le vendre. Je vous conseille aussi, en tant que réalisateur, de vous amuser, de prendre le temps de respirer et d’avoir des moments de tranquillité pour faire le point et vous demander : « Mais comment j’en suis arrivé là, p*tain?’. Ça influencera positivement votre travail et les gens le ressentiront. »

2. « Regardez des classiques »

« C’est un excellent moyen d’apprendre à réinventer les idées modernes. Stylistiquement, « Get Out » est un retour aux années 1960, une de mes périodes préférées au cinéma. Ils savaient vraiment comment resserrer de plus en plus la tension. »

3. « Confrontez-vous à vos angoisses et questionnements »

« Je pense que pour créer quelque chose de nouveau, il faut s’autoriser à être vulnérable, à l’écoute de ses propres émotions. D’une certaine manière, ça doit être autobiographique. Si vous racontez une histoire et que vous n’y mettez pas pas une partie de votre âme ou que vous ne dites pas votre vérité, je pense que vous ne le faites pas bien non plus. […] Vous savez, j’ai du explorer mes peurs en profondeur avant de trouver le sujet de ce film [Get Out,  ndlr] […]. Nous sommes tous faits des mêmes émotions, et c’est cet écho que l’on cherche aussi dans la comédie, cette façon de mettre en avant sa vérité, aussi spécifique soit-elle […]. C’est facile à voir dans la comédie : quand quelque chose semble vrai, et quand quelque chose sonne vrai, on en rit. Et si ce n’est pas le cas, vous ne riez pas. C’est aussi simple que ça. »

4. « Travaillez autour d’une peur universelle » 

« Tous les grands films d’horreur naissent d’une véritable peur, et idéalement, ils traitent d’une peur universelle. Le projet [de Get Out, ndlr] a été délicat parce que j’ai voulu aborder une peur humaine, mais pas nécessairement  universelle, c’est pourquoi j’ai fait en sorte que pendant le premier tiers du film, tout le monde puisse voir le monde à travers les yeux de mon protagoniste pour comprendre ses peurs« .

5. « Créez un espace de réflexion »

« De mon point de vue, lorsque vous permettez aux gens de se plonger dans une histoire, ils réagissent en réfléchissant à ce dont il s’agit. C’est tellement plus amusant et efficace, je pense, qu’une conférence« .

6. « Subvertissez les attentes du public »

« Je viens de la comédie et le processus de création de sketchs que je devais suivre semaine après semaine sur « Key & Peele » [une série de vidéos humoristiques créée et jouée avec l’acteur Keegan-Michael Key, ndlr] a été nourri par cette idée, provenant de l’univers du jujitsu et du judo. Si vous pouvez prévoir ce que le public va faire et où il va aller, ou ce qu’il pense que vous allez faire, vous pouvez utiliser cette avance pour le surprendre. Donc, tout au long de ce film [toujours Get Out, ndlr] je savais que je voulais avoir […] des rebondissements . Mais surtout, je pense que si un public pense savoir ce qui s’est passé et que vous lui montrez qu’il a regardé quelque chose de complètement différent pendant tout ce temps, il vous respecte […]. Je crois que le plus grand défi avec ce film a été de déjouer les attentes sur le racisme – le racisme à l’œuvre dans Get Out ne correspondant pas au racisme tel qu’on se le représente habituellement.»

Des précieux conseils, non ?  En attendant un éventuel troisième long, on peut revoir la bande-annonce de la série Hunters, série produite par le cinéaste dans laquelle Al Pacino traque des anciens nazis (sortie prévue le 21 février sur Amazon Prime Video) :

Copyright Universal Pictures

Esteban Jimenez