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[LA CONSULTATION] Mulan, chinois mais pas trop

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Après Le Roi lion ou Aladdin, c’est au tour du dessin animé Mulan d’être adapté en prise de vues réelles. Contrairement aux transpositions précédentes, celle-ci s’éloigne franchement du film d’animation sorti en 1998. Oubliées les séquences musicales et Mushu, l’adorable petit dragon, le Mulan de Niki Caro (en salles le 22 juillet) est un film d’aventure grandiose ancré dans la réalité. Pour Luisa Prudentino, enseignante spécialiste du cinéma chinois à l’Inalco, cette approche atypique s’explique par la bonne santé du marché chinois.

Pourquoi Mulan a-t-il eu droit à un traitement différent de celui des autres adaptations de dessins animés Disney des années 1990 ?
Mulan est un personnage historique [qui aurait vécu au ve siècle, ndlr] ancré dans la légende chinoise. C’est le mythe de la piété filiale, une fille dévouée qui veut éviter l’horreur de la guerre à son père. On est sur une thématique importante pour les Chinois, en ligne avec la morale confucéenne. Mulan est une figure qui a toujours éveillé un sentiment de fierté chez eux. Ce n’est pas un hasard si son parcours a connu énormément de déclinaisons au cours de l’histoire chinoise. Il faut toujours faire attention quand on s’attaque à des personnages aussi importants. Un mauvais traitement pourrait offenser les personnes concernées, elles pourraient se plaindre que l’adaptation n’est pas fidèle ou qu’il s’agit d’une appropriation irrespectueuse de leur culture. Dans le cas de Mulan, la stratégie de Disney a toujours été de s’éloigner du mythe original tout en conservant une certaine authenticité. Avec le dessin animé, Disney avait joué sur la légèreté. Avec un film en live action, plus réaliste, cela ne serait pas passé. Disney a supprimé le fantastique pour jouer sur le côté hollywoodien, tout en adoptant les éléments qui plaisent au public chinois : l’aventure, la balade, les paysages époustouflants, la musique grandiose.

En plus d’avoir repensé l’univers du film pour mieux séduire le public chinois, Disney a fait appel à une actrice inconnue à Hollywood mais très populaire en Chine, Yifei Liu, pour interpréter l’héroïne. 
Ce n’est pas étonnant, le marché chinois est devenu incontournable pour Hollywood [l’an dernier, le box-office chinois avait dépassé les 9 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième marché mondial, ndlr]. Vu les enjeux économiques, les studios font tout pour ne pas offusquer le bureau de la censure et pour séduire le public chinois. Ils sont prêts à faire des compromis pour entrer sur ce marché.

Pourtant, le film a été tourné hors de la Chine, en chinglish, un argot anglais influencé par le chinois, avec des décors anachroniques.
Il ne faut pas que le film soit trop chinois, sinon il ne plaira ni au marché occidental ni au marché chinois. En effet, les Chinois n’aiment pas quand des films étrangers viennent sur leur terrain. Maintenant que la Chine sait faire des films à gros budget, elle n’a plus le même rapport aux superproductions américaines. Il faut que les films hollywoodiens restent des films hollywoodiens.

 

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