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[CRITIQUE] « Tenet » : le coup de poker de Christopher Nolan

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Le très attendu thriller de Christopher Nolan ambitionne de revisiter le genre de l’espionnage à travers un nouveau concept temporel. Un défi parfois écrasant qui offre un spectacle total et furieusement expérimental.

Annoncé comme un thriller d’espionnage doublé d’une nouvelle expérimentation nolanienne sur le temps, Tenet (en salles dès demain) débute par une séquence d’action montrant une prise d’otages dans une salle de spectacle. L’impressionnante chorégraphie déployée par le commando chargé de sauver les spectateurs permet alors au film de réussir la première mission qui était attendue de lui : sortir les blockbusters de leur torpeur estivale (lire notre décryptage ici) et immerger le public dans un monde mystérieux où un héros – nommé « Le Protagoniste » – intègre une organisation secrète afin d’empêcher une imminente Troisième Guerre mondiale.

James Bond futuriste

Les habitués du cinéma de Christopher Nolan ne seront pourtant pas dépaysés, tant Tenet propose au premier abord un croisement entre les différents films du cinéaste : il est ici question d’une planète en péril comme dans Interstellar, de manipulation mentale comme dans Inception ou Le Prestige et de perception altérée de la temporalité comme dans Memento et Dunkerque

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Un parfum inédit se dégage néanmoins de tous ces éléments puisque Nolan paraît clairement réaliser ici sa propre version de James Bond : un agent secret qui doit user de son charme pour parvenir à ses fins, voyage à travers différents pays (le film a été tourné entre le Danemark, l’Estonie, l’Inde, l’Italie, la Norvège, les États-Unis et le Royaume-Uni), un grand méchant à l’accent russe évoluant sur un luxueux yacht… autant d’ingrédients dignes d’une aventure de la saga 007pour laquelle le cinéaste n’a jamais caché son admiration. 

Car, dans ce récit qui suggère que le futur a commencé à infiltrer le temps présent, le super-agent cool et charismatique (joué par John David Washington) donne l’impression de déjà offrir à notre regard le James Bond noir qu’Hollywood semble appeler de ses vœux depuis plusieurs années. De la même façon, Elizabeth Debicki (qui interprètera très prochainement le rôle de Lady Di dans la série The Crown) incarne avec modernité l’épouse maltraitée du machiavélique oligarque russe. Robert Pattinson (le futur Batman) vient quant à lui, dans le rôle de l’énigmatique comparse du héros, compléter ce trio qui se fond avec aisance dans une épique superposition de couches temporelles.

Les dissonances du temps

À force de multiplier les strates narratives, Tenet cède cependant à quelques facilités (le méchant incarné par Kenneth Branagh n’échappe pas aux clichés) et confusions. L’ambition de Nolan s’avère quelque peu dévorante lorsqu’il tente de faire jouer à plein son concept de renversement temporel mais la valeur expérimentale du film s’en trouve renforcée. La musique de Ludwig Göransson (dont c’est la première collaboration avec le cinéaste) apporte par exemple une troublante dissonance en créant souvent un décalage avec l’action. Et le travail de la monteuse Jennifer Lame (qui avait monté Hérédité d’Ari Aster ou Marriage Story de Noah Baumbach) distille au cœur des images de ce blockbuster un stimulant art de la disparité.

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Sous forme de compilation des obsessions du cinéaste, Tenet rebat donc les cartes du chaos nolanien. L’apparente froideur du dispositif laisse ainsi place dans les derniers instants à une mélancolie naissante et cette œuvre protéiforme menaçant à tout moment de s’écrouler révèle finalement l’affection de Christopher Nolan pour son héros sans nom qui cherche à tout prix à se libérer de sa prison cérébrale.

Images : © Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved. / Melinda Sue Gordon

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