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[CRITIQUE] Que vaut la version noir et blanc de « Parasite » ?

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Récemment auréolé de quatre Oscars, Parasite (également Palme d’or à Cannes en 2019) ressort en salles en version noir et blanc. Avec ce basculement chromatique, Bong Joon-ho étire son chef d’œuvre vers une farce allégorique encore plus tranchée.

Après Mad Max : Fury Road, c’est au tour de la dernière Palme d’or de ressortir dans une version noir et blanc. Contrairement au film de George Miller, dont la version en « Black & Chrome » (sortie en DVD fin 2016) a été pensée comme un essai plus proche de l’intention du réalisateur, cet intense thriller sur fond de lutte des classes – dans lequel les Ki-taek, une famille au chômage s’entassant dans un appartement minuscule, s’immiscent progressivement dans le quotidien et l’antre ultra moderne des Park, une famille bourgeoise vivant dans l’opulence – n’a pas été conçu à l’origine pour sortir en deux versions, mais relève du désir profond de Bong Joon-ho de renouer avec les maîtres du noir et blanc qu’il admire et dont il s’inspire (Henri-Georges ClouzotAkira Kurosawa ou Jean Renoir pour ne citer qu’eux). Lorsqu’il s’est confié sur l’origine du projet, le cinéaste sud-coréen a raconté, lors de la première du film à Rotterdam, avoir été « curieux de savoir à quoi aurait ressemblé le film s'[il] avai[t] vécu dans les années 1930 ».

Et c’est de ce point de vue une réussite. Car si cette version n’invalide aucunement celle en couleurs, elle permet de tirer le récit – initialement bien ancré dans la réalité culturelle, politique et urbanistique contemporaine – vers une forme d’expressionnisme, avec des textures qui gagnent en étrangeté : la pluie torrentielle qui s’abat la ville comme les éclats de lumière qui illuminent des visages apeurés et autres regards exorbités ressortent davantage, et orientent Parasite vers un conte macabre encore plus métaphorique, notamment dans les scènes souterraines où les murs étroits ressemblent aux abysses des enfers. « Vous croyez aux fantômes ? », demande la mère de la famille Park à sa servante. Brouillant nos repères, Bong Joon-ho, qui entoure cette mouture d’une aura résolument mystique, semble ici nous poser la même question.

 

Copyright The Jokers / Les Bookmakers

Esteban Jimenez

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