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  • Cannes 2021
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  • 2 min

« Memoria » d’Apichatpong Weerasethakul : en terre inconnue

  • Corentin Lê
  • 2021-07-17

Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul revient en Compétition à Cannes de la plus belle des manières, avec Memoria, film aussi précis que sensoriel, sans aucun doute l’un des plus beaux de cette édition.

 Ce film a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes 2021

Au petit matin, un fracas retentit violemment et réveille Jessica (Tilda Swinton), une herboriste, alors de passage à Bogota pour accompagner sa soeur hospitalisée. Hantée par ce grondement récurrent, qui semble émaner des entrailles de la Terre même, elle va se mettre en quête de réponses, dans l’espoir de trouver l’origine de cette inquiétante détonation.

Comme souvent chez Apichatpong Weerasethakul, la trajectoire mystique et métaphysique des personnages les encourage à emprunter des chemins de traverse, dans des tunnels ou en direction de la jungle, cette fois-ci colombienne. C’est d’ailleurs la première bonne surprise de ce film qui réussit tout ce qu’il entreprend : bien que déraciné, loin de la Thaïlande, et avec un récit en partie anglophone, le cinéma de Weerasethakul apparaît ici plus précis et radical que jamais, la composition et la durée de chaque plan, volontairement long, détaillant avec soin et finesse le rapport complexe que les personnages entretiennent avec le monde qui les entoure.

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Qu’en est-il justement pour Jessica, qui sous les traits de Swinton déambule dans Bogota et ses environs comme une âme en lévitation ? Celle-ci apparaît dans tous les plans à la source d’un enchevêtrement de lignes, d’une grande toile en arborescence qui indique que quelque chose s’apprête à se déplier tout autour d’elle.

Limpide et d’une clarté remarquable dans sa mise en scène, le film n’en reste pas moins rempli d’énigmes et de scènes sensorielles enivrantes, où le spectateur est invité à investir un espace liminal, à la limite de la torpeur. De quoi se retrouver a priori en terrain connu, et peut-être indiquer une forme de version alternative d’un film que l’on aurait déjà vu (notamment Cemetery of Splendour).

Mais c’est sans compter le rapport au son, passionnant, que travaille Memoria. Une relation étroite avec cette dimension, invisible mais audible, qui culmine lors d’une scène stupéfiante d’écoute à distance, qui éclaire le cheminement du film tout en nous introduisant à d’autres mystères encore. Film fantastique aux influences surprenantes (on pense parfois au cinéma de M. Night Shyamalan), d’une patience quasi thérapeutique et qui fait, paradoxalement, office de véritable déflagration. Mémorable.

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  • Tilda Swinton

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