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« Lingui », beau récit d’émancipation féminine sur deux générations

  • David Ezan
  • 2021-07-14

Mahamat-Saleh Haroun fait son grand retour en Compétition avec ce film de femmes implacable, dénonçant la condition des « filles-mères » dans un Tchad en proie à la toute-puissance patriarcale. Sans oublier d’y insuffler l’espoir d’un renouveau générationnel.

Une mère et sa fille de quinze ans vivent recluses à N’Djaména, capitale du Tchad, ostracisées depuis que la grossesse illégitime de la mère, Amina, l’a mise au ban de la société. Lorsque sa propre fille, Maria, tombe enceinte prématurément, la question de l’avortement – pratique aussi risquée qu’illégale, considérée là-bas comme un sacrilège – se pose. Il faut pourtant agir vite, Maria ayant déjà été exclue de son école, devenue dès lors un monstre aux yeux des institutions...

Le cinéaste sonde à nouveau les maux de son pays et, en fin observateur, il décide de confronter deux générations de femmes sur le point de connaître le même destin. Mère et fille se battront pour désamorcer la malédiction, faisant face à toutes sortes d’obstacles – qu’ils soient culturels ou politiques. Férocement indépendantes, elles subviennent à leurs propres besoins : Mahamat-Saleh Haroun fait de ses héroïnes des figures d’insoumission, transformant leur combat intime en bataille quasi révolutionnaire. Il les filme tête haute, prêtes à défendre ces « liens sacrés » qui n’en font qu’une seule et même entité.

Paradoxalement, le film tire toute son ampleur de la simplicité de son récit, aussi limpide qu’un conte : il s’agit de permettre à une jeune fille d’avorter afin qu’elle puisse retourner à l’école, ni plus ni moins. Rien de programmatique, ceci dit, dans Lingui. Le cinéaste fait confiance à sa mise en scène, par ailleurs d’une grande élégance, pour transcender un scénario-choc qui aborde de front les différents visages de la domination sexuelle – excisions, viols, etc. – exercée sur les femmes.

Si rien ne leur est épargné, le cinéaste oppose pourtant une grande douceur à l’implacabilité du film ; douceur dans l’amplitude de son cadre, qui embrasse la ville grouillante avec poésie ; douceur dans le regard qu’il pose sur les femmes, moins apitoyant qu’encourageant ; douceur enfin dans sa mécanique intérieure, qui consiste à investir ce qu’il y a de plus politique par l’entremise de ce qu’il y a de plus intime.

: Lingui de Mahamat-Saleh Haroun (Ad Vitam, 1h27), sortie le 8 décembre

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