Festival de CannesCinémaCultureGEn.ALe magazine
  • News
  • Critique
  • Article
  • 2 min

CANNES 2022 · « Hi-Han » : le film punk de Jerzy Skolimowski

  • Corentin Lê
  • 2022-05-21

En suivant les déambulations tragi-comiques d’un âne à l’esprit aventureux, le vétéran Jerzy Skolimowski signe un film fou et enivrant avec « Hi-Han », présenté en Compétition. Une virée expérimentale qui parvient, dans les plis du chaos, à émouvoir.

Ce film a reçu le prix du jury au Festival de Cannes 2022.

Festival de Cannes 2022 : la liste des films sélectionnés en compétition

Lire l'article

Après le cheval de Muybridge, créature emblématique du cinéma des premiers temps, voici venu l’âne de Skolimowski, figure centrale d’un film qui paraît sortir de la fin des temps. Le cinéaste polonais, doyen de la Compétition cette année, a choisi pour mythe cinématographique l’animal au centre du classique Au hasard Baltazhar.

Skolimowski emprunte toutefois une autre voie que celle du film de Robert Bresson : celle d’un cinéma punk et baroque où la simplicité du récit (suivre un âne au cours d’une aventure haute en couleurs) s’accompagne d’une réjouissante boulimie pour l’expérimentation plastique. Flares fulgurants, courtes focale d’une étrange netteté, filtres kaléidoscopiques et surimpressions extravagantes… Skolimowski s’en donne à cœur joie pour figurer la drôle d’errance de l’âne Hi-Han, dans un film qui alterne entre visions cauchemardesques, bulles comiques et envolées métaphysiques.

« EO » de Jerzy Skolimowski : ce qu’en pensent les critiques sur Twitter

Lire l'article

Une fois séparé de sa dresseuse Kasandra, avec qui il avait noué une relation fusionnelle, l’âne Hi-Han, élevé dans un cirque, prend la fuite. Lancé vers l’inconnu, il croisera la route d’autres animaux (renards, crapauds, insectes, vaches) mais aussi de différentes figures humaines plus ou moins malveillantes (c’est ce qu’aura donc retenu Skolimowski du film de Bresson : derrière chaque personnage se cache, potentiellement, un tortionnaire). Difficile quoiqu’il en soit de résumer l’intrigue sans toucher rapidement à l’abstraction, le film trouvant dans la succession des événements matière à jouer avec les images, les formes et les tonalités. Ici, une lumière aveuglante guide la bête dans une nuit en forme de rêverie.

En vidéo, le minimalisme exigeant de Robert Bresson

Lire l'article

Là, la caméra s’envole près d’une éolienne, avant de tournoyer dans un ciel écarlate qui fleure bon la fin du monde. Ailleurs, la toilette d’une jument, mise en parallèle avec le regard de l’âne dans le box d’à-côté, transforme une simple séquence d’observation en un fantasme sensoriel quasi érotique. L’âne apparaît finalement comme une créature profondément cinégénique, capable de dérégler les scènes (en les faisant passer de la comédie à la tragédie, et inversement) voire de contrôler le temps lui-même (Hi-Han a, semble-t-il, des pouvoirs surnaturels !), jusqu’à même parvenir à bouleverser à certains endroits (lors d’une fièvre délirante où l’âne, pris au piège, s’enfuit vers un point de lumière). Autant dire qu’on a rarement vu ça.

CANNES 2022 · « Armageddon Time » : la comète James Gray a encore frappé

Lire l'article

Inscrivez-vous à la newsletter

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur