Festival de CannesCinémaCultureGEn.ALe magazine
  • News
  • Article

CANNES 2022 · « R.M.N » de Cristian Mungiu : l'engrenage de la xénophobie

  • David Ezan
  • 2022-05-23

Cristian Mungiu (Palme d’or 2007 pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours ») revient en Sélection officielle avec un film captivant qui ausculte les rouages de la xénophobie à l’œuvre dans une petite bourgade roumaine. Et force l’admiration par son sens aigu de la mise en scène.

Cela débute par un fait tristement banal, conjuguant les dérives du capitalisme à celles d’une xénophobie généralisée : Matthias, un ouvrier roumain qu’on devine embauché pour une bouchée de pain en Allemagne, quitte son poste après avoir réagi à une insulte raciste. Le voilà de retour dans son village en Transylvanie, auprès de sa femme et de son fils mutique. Faute de candidats dans cette région isolée, la boulangerie locale embauche en parallèle trois ouvriers sri-lankais. Il n’en faudra pas plus pour déclencher l’hostilité des habitants, bien qu’ils soient eux-mêmes stigmatisés en Europe…

Cristian Mungiu, l’enfer du père

Lire l'interview

Sans forcer le trait, Mungiu illustre une chaîne mondialisée d’exploitants et d’exploités, de bourreaux et de victimes désignées – d’un point de vue économique et ethnique, en partant toujours du plus à l’Ouest. Car sous ses atours classiques, R.M.N est un projet de grande magnitude ; on y suit les trajets de Matthias, alors en pleine reconquête patriarcale de son foyer, puis de Csilla (magnifique Judith State, également actrice chez Cristi Puiu), gérante de la boulangerie aux convictions progressistes. La belle ironie du film est de réunir charnellement les deux personnages, que leur opposition idéologique va finir par éloigner ; par là, Mungiu dit bien à quel point l’intime est aussi un terrain d’affrontement politique. Et le récit de se jouer à ces deux échelles ; celle du microcosme, où le père de famille et le prêtre sont les garants de l’autorité, et celle de la communauté, dont les pulsions sont dirigées par les premiers.

Cannes 2022 : « R. M. N » de Cristian Mungiu s'offre une bande-annonce saisissante

Lire l'article

Avec une incroyable minutie, le cinéaste illustre l’engrenage qui enserre peu à peu les dissidents dont Csilla fait partie. Le langage du cinéaste, lui, n’est ni démonstratif ni surplombant ; au contraire, Mungiu s’immisce parmi les habitants et joue l’économie du montage dès lors qu’il filme le groupe. En résulte des plans séquences qui donnent à voir la propagation de la parole raciste. Couplé à ce brillant dispositif de mise en scène, on note enfin le talent rare du cinéaste pour créer des atmosphères tendues avec trois fois rien, si ce n’est le hors champ et quelques aboiements lointains.

Image (c) Le Pacte

Le Festival de Cannes se tient cette année du 17 au 28 mai 2022. Tous nos articles sur l’événement sont à suivre ici.

Inscrivez-vous à la newsletter

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur