
ÉDITO · La Gradiva, Jim Queen, Les Éléphants dans la brume, Du fioul dans les artères, Club Kid… Les passionnants, les bons, voire les excellents premiers films étaient légion au 79e Festival de Cannes. Ce qu’on adore dans ces propositions formelles et scénaristiques marquantes, c’est tout ce qui nous anime au cinéma : les nouvelles manières de montrer le monde et l’humanité, à travers les différents milieux sociaux et âges de la vie, les nuances de genre, de sexualité au sein des communautés… Et l’on n’est pas les seuls à y avoir été sensibles, puisque beaucoup de ces longs métrages, qui concouraient pour la prestigieuse Caméra d’or (meilleur premier film, toutes sélections confondues), ont reçu des honneurs mérités.
L’acclamé La Gradiva de Marine Atlan a remporté le Grand Prix Ami Paris de la Semaine de la critique ; Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall a décroché un prix inventé pour l’occasion, celui de la révélation de la Queer Palm ; Les Éléphants dans la brume d’Abinash Bikram Shah a reçu le Prix du jury Un certain regard ; Jim Queen de Nicolas Athané et Marco Nguyen a enflammé les foules lors d’une mémorable Séance de minuit, et s’apprête à déferler sur les salles (lire p. 58) ; Club Kid de l’acteur, réalisateur et influenceur Jordan Firstman, lui, a déchaîné les studios, et a finalement été acquis par A24 pour la somme (énorme pour les ventes internationales d’un premier film) de 17 millions de dollars. Au milieu de cette frénésie, une œuvre s’est imposée aux yeux du jury de la Caméra d’or, présidé par l’actrice et réalisatrice québécoise Monia Chokri : Ben’Imana, premier long métrage de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo.

Un choix des plus inspirés, qui consacre la conjugaison des qualités artistiques et politiques d’un film qui n’aurait sans doute pas pu voir le jour plus tôt. Il a fallu à la réalisatrice une dizaine d’années de travail pour mûrir un scénario et une mise en scène de façon aussi aboutie. Mais il a aussi fallu des décennies aux sociétés rwandaise et française pour commencer à surmonter le tabou d’un génocide (le président français vient justement d’inaugurer, le 2 juin, sur les quais de Seine, à Paris, un monument en hommage aux victimes, en présence de son homologue rwandais Paul Kagame) qui a fait plus de 800 000 morts (selon l’ONU), en 1994, et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui, en particulier chez les femmes rwandaises. Ben’Imana sortira en salles le 3 février 2027, mais on s’empresse de célébrer la naissance d’une nouvelle voix de cinéma sur laquelle on peut déjà compter pour nous dire, avec force et élégance, tout ce qu’on ne pouvait pas entendre jusqu’ici. TIMÉ ZOPPÉ
AU SOMMAIRE DU N°225
EN BREF 🏃♀️
L’entretien du mois : Tilda Swinton à propos de Derek Jarman
The end : Deux de Filippo Meneghetti
Le fashion pack : le look shanatomique
Job dating : Pascal Molina, mécanicien-déco
Règle de 3 : Moguiz
CINÉMA 🎥
En couverture : Marie-Clémentine Dusabejambo pour Ben’Imana
Retour de Cannes 2026 : palmarès, compte rendu, portfolio…
Entretien croisé : Simon Balteaux et Marco Nguyen pour Jim Queen
Histoires du cinéma : Céline Sciamma
CINÉMACOSPE 🎞️
Le Vertige de Quentin Dupieux
Shana de Lila Pinell
Seuls les rebelles de Danielle Arbid
Blue Heron de Sophy Romvari
CULTURE 🎨
Musique : Dua Saleh
Série : Alice et Steve
Expo : Laure Prouvost
KIDS 🧸
Interview : Manu Payet, acteur et humoriste
La critique de Célestin, 12 ans et demi : La Baleine et le Musicien de Valentin Paoli
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